« Messire Dieu, premier servi » : ce que disent les saintes Jeanne d’Arc de nos églises.
Tout d’abord, elles disent, nos Jeanne d’Arc, que la réconciliation des Français catholiques et laïques est toujours d’actualité: les uns fêtent sainte Jeanne d’Arc le 8 mai, tandis que la fête patriotique est fixée au 11 mai, et cela depuis… l’avènement de la République. rien ne nous empêche de l’honorer aux deux dates, voire pendant tout le mois de mai!

Ex-voto, église de Vétheuil
Jeanne (Domrémy, 1412 – Rouen 1431) est présente dans l’immense majorité des églises de France, Elle a été canonisée en 1920, et déclarée patronne secondaire de la France en 1922, après la sainte Vierge. Jeanne d’Arc est fêtée, depuis une loi de 1920, le deuxième dimanche de mai, dans le cadre de la Fête du patriotisme, tant par les laïques que par les catholiques, en souvenir de la délivrance de la ville d’Orléans.
Ce sont des écrivains étrangers (Shakespeare puis Schiller, avant Mark Twain et Bernard Shaw), et des anticléricaux (les romantiques, Jules Quicherat puis Jules Michelet, les révolutionnaires puis Alexandre Dumas) qui ont été les premiers à s’enthousiasmer pour son histoire. Ni Corneille ni Victor Hugo ne se sentirent de taille pour l’aborder, contrairement à Lamartine. Puis son image envahit la sculpture avec les interprétations de la princesse Marie d’Orléans, Jeanne en prière, 1830 (au Château de Versailles) ; François Rude (Jeanne écoutant ses voix, 1845-1852, Musée du Louvre, Paris) ; Michel-Antoine Chapu, Jeanne en prière, 1870 (Musée du Luxembourg, Paris) ; Denis Foyatier, la statue équestre d’Orléans, Place du Martroi, 1855 ; Emmanuel Frémiet, la statue équestre de la Place des Pyramides, Paris, 1880 ; Prosper d’Épinay, 1901, dans la Cathédrale de Reims ; Louis-Ernest Barrias, Jeanne d’Arc prisonnière, 1903 (Mémorial de Bon Secours) ; Vital-Gabriel Dubray, Jeanne dans sa prison, bas-relief sur la statue équestre de Jeanne d’Arc à Orléans ; Paul Dubois, au Centre Jeanne d’Arc (Orléans) ; Edme-Étienne François Gois, début XIX° s, au Centre Jeanne d’Arc (Orléans) ; d’un sculpteur inconnu, Jeanne d’Arc en armure et coupe en sébile (Cathédrale de Strasbourg), 1937, etc. Elle est présente aussi en Angleterre, depuis 1922, dans la cathédrale de Winchester (œuvre de Lord Nimian).
Il y avait quatre « sainteries », manufactures de copies en plâtre de statues religieuses à Paris, dans le quartier de St-Sulpice, qui travaillaient sur commande. Elles disparurent toutes dans les années 1960, mais la désaffection pour Jeanne d’Arc commença vers 1940.. L’attirail militaire de Jeanne est en général celui des années 1430, casque, cotte de mailles, bannière, épée brandie, évoquant pour certains une Walkyrie wagnérienne.
« L’héroïsme de sainte Jeanne d’Arc » à Vétheuil est une variante de « La bienheureuse Jeanne d’Arc », l’œuvre de Charles Desvergnes de 1909, la plus demandée. C’est la même Jeanne que celle de la cathédrale d’Auch, par Charles Desvergne ; elle est reprise aussi à l’abbatiale de St Riquier. Elle est proche par le costume, la tête découverte et le drapeau, de celle de l’église de Saint- Roch, à Paris.
Desvergnes est l’auteur aussi de la Jeanne d’Arc de Notre-Dame de Paris; il était fils d’un boulanger, et réalisa aussi de nombreux monuments aux morts. Ce sont ses modèles qui ont été les plus fréquemment reproduits dans nos églises.
La Jeanne d’Arc de La-Roche-Guyon, probablement de Charles Desvergnes aussi, est tendue dans l’écoute, mystérieuse.
Celle de Magny est une variante de Jeanne d’Arc s’élevant à la gloire céleste, de Desvergnes, mais elle est en costume de bergère. Ci-contre, a Jeanne d’Arc de l’église Saint Jean Baptiste, à Pierrelaye, en jupe aussi.
Celle de Nucourt est aussi une copie de Desvergnes.
La Jeanne d’Arc de Saint-Cyr-en-Arthies, « offrant à dieu son épée après la victoire » est de l’atelier de pierre Rouillard à Angers ; fraîchement repeinte, ressemble à une jeune fille moderne, un peu raide.
La statue d’Amenucourt est de la même inspiration que la Jeanne d’Arc en prière de Georges Salendre. Avec l’étendard et l’épée en moins, c’est une variante de celles de Toulon et de l’Ile Bouchard (vérifier sur place).
La Jeanne d’Arc de Saint-Clair-sur-Epte est champêtre, on aperçoit son village natal, et sur sa bannière l’Archange saint Michel, Sainte Marguerite et sainte Catherine, dont elle entendit les voix l’appelant à sauver la France.
La Jeanne d’Arc de Maudétour a les pieds brûlés, parce qu’on avait installé un chandelier juste devant… Mais chacune de nos saintes Jeanne d’Arc mérite toujours qu’on les prie et qu’on les honore !
Et voici, pour finir et pour comparer, la Jeanne d’Arc de Notre-Dame-de-Paris, de Charles Desvergnes. Sur sa vie et son oeuvre, avec de nombreuses illustrations, voir http://www.lacado.fr/files/20-C11-Blieck-Desvergnes-Corrige-auteur.pdf
MP.

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