| | | | | | | | |

Les mystères de saint Clair, fêté le 16 juillet

Tête de saint Clair, sculpture du XVIII° s.

Les mystères et les miracles de saint Clair, par Maria Poumier.

(Le culte – L’histoire de Saint-Clair-sur-Epte – L’histoire de Saint-Clair-sur-Epte – Les mystères de saint Clair – Prier avec saint Clair – Nos sources – Chant de procession à saint Clair)

 Voir aussi : https://art-chretien-vexin.fr/2025/07/01/une-visite-de-leglise-de-saint-clair-sur-epte/

Le culte

Il peut sembler étrange, voire déplacé, de prier saint Clair, cet ermite dont on ne sait presque rien, si ce n’est qu’il fuyait une dame d’Angleterre, en venant en Normandie, et fut décapité sur ordre d’une (autre?) dame qui en voulait aussi à sa vertu, à Saint-Clair-sur-Epte. (1)

Inscription : Sur cette pierre a été décollée la tête de saint ClairC’était le 4 novembre 884. Clair était âgé de trente-neuf ans. Alors, d’après la légende, s’accomplit un prodige qui mit en fuite ses meurtriers : saint Clair, prenant sa tête entre ses mains alla la plonger dans l’eau de la fontaine, puis il se rendit à son oratoire. De là, il gagna l’église (future église paroissiale) et se couchant à gauche de l’autel, il marqua ainsi le lieu de sa sépulture. » Voilà ce que nous répètent tous les auteurs qui se sont intéressés à sa légende. La châsse de saint Clair, et celle de son ami et disciple saint Cyrin sont toujours dans l’église, le crâne de saint Clair, mal fixé, bouge encore quand on l’emmène en procession, le 16 juillet.

Tête de saint Clair, sous le vitrail de 1011Et les Saintclairois vont à la messe, ce soir-là, prennent des torches à la sortie, passent devant leur ermitage gracieux, allument un haut bûcher dans le pré, et font un immense feu de joie, un jour avant le feu d’artifice, et la fête foraine. Si la couronne qui est tout en haut s’enflamme, c’est de bon augure : car elle représente le couronnement de saint Clair au Paradis, enflammé de charité. Et chacun se recharge en espérance. Cela dure depuis plus d’un millénaire, et le miracle principal est précisément là : que la procession se fasse toujours, en dépit de la mécréance générale et assumée, revendiquée par certains représentants des pouvoirs publics, et malgré la date quelque peu incongrue, mais ancestrale, deux jours après la fête nationale.

L’historicité de saint Clair est bien plus solide que celle d’autres martyrs. On connaît parfaitement sa généalogie et ses deux parents, nobles seigneurs de Rochester. On peut suivre ses douze ans de voyages à travers toute la Normandie, mais aussi jusqu’à Paris. C’est à peine quatre ans après sa mort que ses os sont exhumés et placés dans une châsse. Et trente ans plus tard, la bourgade a bel et bien changé de nom, puisqu’en 911, elle ne s’appelle plus Petromantalum (le carrefour des routes Pontoise-Rouen et Beauvais-Evreux, ou la « pierre en hauteur, » que l’on choisisse une étymologie celte ou romaine), mais comme aujourd’hui ; en effet le nom de Saint-Clair-sur-Epte est célèbre depuis 911, lorsque fut signé le Traité mettant fin aux invasions normandes. Les Normands-Vikings avaient incendié la ville en 885, comme l’avaient fait les Huns vers 450.

L’histoire de Saint-Clair-sur-Epte

Les récurrences abondent, en histoire, avec souvent un côté tragique, mais il en est de drôlatiques : ainsi pour l’étymologie du nom Vexin : contraction et superposition de « Véliocasses », en celte, désignant les Belges et signifiant les intrus, et de Vulcanius, lieu de culte à Vulcain, centré précisément à Saint-Clair-sur-Epte.

Eglise de St-Clair vue de la mairieL’église dédiée à la sainte Vierge, a probablement été bâtie à l’emplacement même du temple romain à Vulcain, parce que c’est la topographie qui désigne, aux temps les plus reculés de l’humanité, l’emplacement des sanctuaires, en des points exceptionnellement chargés d’énergie.

Mais le site de l’ermitage, à côté de la fontaine dite miraculeuse à partir du séjour et de la décapitation de saint Clair, est l’autre emplacement possible, car certainement sacré aussi depuis la nuit des temps.

En tout cas, l’église fut édifiée grâce au réemploi des pierres des monuments romains, ce qui est prouvé par deux colonnes massives toujours reconnaissables, à droite de l’autel.

L’église originelle fut bâtie aussitôt les Huns chassés, dès la conversion de Clovis. Puis, dans les années  638, sous Dagobert Ier, la région est donnée à l’Abbaye de Saint-Denis. Le prieuré est alors fondé, et deviendra un grand centre d’activités en tout genre, tandis qu’à Montreuil-sur-Epte, tout près, l’église est bâtie sous le patronage de saint Denis. En 841, le fonctionnement du prieuré est attesté. Le pont marchand fut construit au XI° siècle par les moines du Prieuré. Celui-ci fut reconstruit au XVI° siècle.

Voici, en vrac, quelques évènements désormais inscrits dans le paysage : le Pont Tartarin, sur le Coudron, signale l’endroit où périrent noyés les envahisseurs « tartares », c’est-à-dire hongrois ou germaniques. En 1814, les Russes sont signalés dans toute la région, jusqu’à Saint-Clair, sans laisser de mauvais souvenirs, car ils étaient discrets ; ils campent au lieu dit « Les Cosaques ».

Henri IV était passé par là, l’enjeu était la prise de Jeufosse, de l’autre côté de la Seine.

Saint Louis l’avait précédé, « en visite familiale, en pèlerinage et en inspection » à Saint-Clair-sur-Epte. Et il logea à l’auberge du Fayel, où il fit sculpter une rosace au-dessus de la porte donnant sur les champs, toujours visible.

L’auberge les a tous vu passer, juste en face de l’église, avec sa grande porte cochère et sa cour.

Il ne faut pas confondre Saint-Clair, qui a eu un château (voir plus bas),  avec Château-sur-Epte, ou Châteauneuf, dont le château, en 1118, fut pris par Henri Ier, roi des  Anglais. En 1154, ce château fut restauré. Mais ce furent des années de pillage incessant, de Mantes jusqu’à l’Epte, jusqu’à la reprise en main par Philippe Auguste, et, pour Saint-Clair précisément, par Robert IV de Chaumont, premier sire officiel de Saint-Clair, mort en 1175.

Une bonne bataille entre Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste se livra entre Dangu et Saint Clair : elle se termine à Gisors, où le pont s’écroula sous le poids du cheval du Français. C’est seulement en 1204 que la Normandie, le Maine, l’Anjou, la Touraine et le Poitou devinrent définitivement français, comme Gisors. La bataille de Bouvines, en 1214, contre Jean-sans-Terre, mit fin à l’indépendance du duché de Normandie, créé en 911.

Enfin le château de Saint-Clair fut fortifié et armé. Il en reste encore un bon morceau de donjon, visible dans la propriété située au fond de la rue du Château . C’est Robert IV de Chaumont qui fit bâtir le moulin au-dessus du Moulin du Prieur. visible au bout de la rue Rouget de l’Isle, au confluent de deux branches de l’Epte.

Saint-Clair a aussi son épisode romantique : Gisèle, fille de Charles le Simple, mariée de force à cinq ans ou à quinze, selon les auteurs, à Rollon, qui en avait cinquante-quatre, mourut de chagrin et de mélancolie à Rouen en 922.

Et Saint-Clair a connu des catastrophes : en 1730, une partie du bourg fut détruite par la foudre pendant un orage terrible. En 1773, une épidémie de fièvre putride éclate, faisant 8 morts à Montreuil, et sept à Saint-Clair, sans compter les vieillards. En 1784, une autre épidémie emporte 55 personnes, dont le curé.

Puis, avec la Révolution, les brigands reviennent ; on les appelait chauffeurs parce qu’ils « chauffaient » les pieds des gens qu’ils voulaient rançonner, pour leur faire avouer où ils cachaient leurs trésors.

En 1793, les ossements de saint Clair furent dispersés, mais les habitants surent les retrouver et les préserver. La châsse en or et en argent, de 1411, qui était suspendue sous la voûte de l’église, avec tous les documents ecclésiastiques attestant l’authenticité du squelette, de 1586, a disparu, l’église est devenue Temple de la raison, puis atelier de traitement du salpêtre, puis mairie. Après quoi, elle a retrouvé sa fonction sacrée.

Les deux statues qui entourent la pierre où saint Clair fut décapitée ont été faites sur ordre du duc de Broglie, seigneur de Saint-Clair-sur-Epte, en 1720. Ceux qui voudraient se moquer du saint sont bien souvent châtiés, tel ce menuisier des environs de Magny qui perdit brusquement la vue, alors qu’il allait souiller la fontaine. Mais en 1883, la presque totalité du squelette de saint Clair est retrouvée, et placée dans la châsse actuelle.

En 1800, il y avait des attaques de diligences. La comtesse de Tournebout, près de Gaillon, au lieu-dit Riquiqui (le coupe-gorge) était le chef de la bande, une dame qui pillait les impôts envoyés à la préfecture et de là à la capitale, mais non les particuliers. La bande est dissoute par le ministre de l’intérieur Fouché, mais on signale encore des attaques en 1805 et 1806.

St-Clair est traversé par des souterrains, qui relient le village à Buhy et à Le Fayel, et l’église y avait son entrée. Cela servit de refuge à moult générations d’habitants, l’une des entrées était encore visible vers 1800. .

En 1870, les Allemands détruisirent trois ponts sur l’Epte, entre le 1er octobre et le 10 décembre, mais payèrent 7297 francs à la commune pour compenser les réquisitions. Le pont de St-Clair est refait en pierre de taille en 1872.

Le mystère de saint Clair

Les historiens le savent bien : la légende semble se répandre à rebours des biographies précises, pour autant qu’on puisse les établir, et ce qui se transmet des lambeaux de souvenirs conservés par la tradition orale, c’est toujours  l’épisode le plus ahurissant, le plus impossible à ramener à des dimensions plausibles.

C’est pourquoi on reconnaît saint Clair, comme saint Denis, comme saint Nicaise, saint Donatien, saint Rogatien et d’autres encore, à leurs statues tout à fait surréalistes, comme des concrétions de cauchemars, des statues tranquilles, normales, si ce n’est qu’elles tiennent leur tête dans leurs mains.

Saint Clair est un patron des aveugles, comme sainte Claire, et tous ceux que l’on révère autour de fontaines miraculeuses ; on peut se demander ce qu’il voyait si clairement. En tout cas, ce que nous voyons, nous, c’est son « chef » qui revient dans les œuvres d’art, comme un champignon qui pousse et qui repousse régulièrement, à un endroit précis, à une saison précise ; on a beau le couper, le déclarer inexplicable et aberrant, il revient, comme s’il avait quelque chose d’unique et de précis à nous dire.

Autrefois, la logique poétique du réalisme magique était  mise en œuvre par tout le monde, le rationalisme n’y faisait pas barrage. Nul besoin de donner foi à la légende sur le plan des lois de la physiologie pour retrouver son véritable sens. En fait, la tête mutilée de saint Clair est une image qui fait, plus que le portrait d’un lointain aïeul tutélaire, notre portrait à nous, nous qui nous succédons, de siècle en siècle, avec des constantes dans le malheur : car une tête tranchée, à n’importe quelle époque, c’est une frappante image d’aliénation, d’oubli, de souffrance, de saignement déplorable.

Par ailleurs, avant le XII° siècle, les femmes et le féminisme allaient avoir une grande emprise sur la société. C’était l’homme qui apportait le douaire (l’usufruit de ses biens) à la femme qu’il voulait épouser, et non pas, comme plus tard, la famille de la femme qui offrait une dot pour lui trouver un mari. Il y avait des femmes patrons de châteaux forts, des femmes écrivains, philosophes, qui se faisaient respecter.

Mais les hommes voyaient souvent en elles surtout de dangereux agents du démon, des  « catins » qui les entraînaient à négliger leurs devoirs, des sorcières qui voulaient les entraîner au fond des eaux troubles. C’est probablement le contexte qui horrifiait le jeune Clair en Angleterre, lorsqu’il était déjà réputé admirable et qu’il voulait échapper au harcèlement d’une dame. Les hommes conservateurs voyaient dans la liberté de mœurs des femmes autant de signes de désordre et de décadence de la société.

A chaque époque, on voit mieux la paille dans l’œil de la voisine que la poutre dans le sien ! La devise de saint Clair confirme bien que c’est une réforme morale qu’il a incarnée et implantée dans toute la Normandie et le Vexin :

« S’abstenir et souffrir, le plus court chemin pour parvenir au  Ciel ».

Et cela signifiait défendre un idéal de vie qui était aux antipodes aussi de l’idéologie virile guerrière des Anglais, des Normands, et des Vexinois : « la mort, il ne faut ni la craindre, ni la désirer », ajoutait-il.

Enfin les angoissés comme saint Clair pressentaient probablement la Guerre de Cent Ans qui allait épuiser tant les Français que les Anglais, car Anglais et Français n’en finissaient pas de trancher leurs différends ; la frontière que constitue l’Epte était marécageuse, indécise, et fut longtemps sanglante comme une plaie qui ne se refermait pas.

Rollon le Normand géant avait eu beau signer avec Charles le Simple le traité de Saint-Clair-sur-Epte en 911, et s’engager à protéger l’Ile de France des incursions anglaises, le célèbre coup de genou malencontreux qui renversa le roi promettait encore des siècles d’irritations et de vexations réciproques.

Saint Clair avait été martyrisé en 884. Il avait séjourné en plusieurs points de la Normandie, et avait fait l’admiration générale par sa piété. On peut probablement interpréter l’épisode de sa mise à mort sur ordre d’une dame dépitée comme le premier acte dont on ait gardé le souvenir, d’un drame récurrent, celui de la rivalité entre l’empire britannique des mers et celui de l’Europe continentale, superposé au débat de société. Le traité de paix de 911 peut être interprété comme un grand miracle posthume de saint Clair, car il était fort improbable, mais nous lui devons le rattachement de la Normandie à la France, avec ses Normands, jusqu’à ce jour.

Prier saint Clair (2),

c’est ressentir que nous sommes comme  ses représentations, des personnages schizophrènes, scindés, amputés, en imminent danger de mort.

Prier saint Clair, c’est déjà retrouver la force de ramasser notre pensée arrachée, la prendre en main, lui faire regarder, les yeux grands ouverts, notre destinée.

Mais prier saint Clair, ce n’est pas seulement se reprendre en main, comme on dit. C’est aussi se déclarer en marche pour servir ce qui nous dépasse, ce qui est devant nous et que tout le monde ne voit pas.

Prier saint Clair, c’est l’attitude qui change tout, l’humilité : lui faire confiance pour nous rendre la clairvoyance perdue, offrir à Dieu nos égarements et nos angoisses, pour qu’il en fasse la matière de notre courage et de notre fécondité spirituelle.

Les mémorialistes de saint Clair

On peut en dire bien plus, sur la dévotion à saint Clair, parce qu’elle est attestée dans toute la Normandie depuis Cherbourg, et jusqu’à Paris, où il en reste trace à Saint Nicolas du Chardonnet avec une relique, comme dans la chapelle de l’abbaye bénédictine de Saint-Victor, aujourd’hui rasée, et à Saint-Germain-des-Prés.

A deux reprises les gens de Saint-Clair-sur-Epte se sont battus pour garder chez eux les reliques de leur saint : contre les calvinistes de Buhy, le bourg voisin, qui voulaient les profaner, en 1586; et contre les Parisiens, qui voulaient en prendre de force, parce que le culte des reliques rapportait gros à chaque localité qui en poddédait, en 1630. Mais les reliques sont encore de nos jours objet de convoitise : la châsse a été fracturée, il y a une dizaine d’années, et un os a été dérobé…

En 1911, des délégations normandes, danoises, norvégiennes et suédoises sont venues pour les célébrations du millénaire, puis le nouveau Vitrail du Souvenir fut installé dans l’église.

En 2011, le 19 juin, de nombreuses troupes de reconstitution viking et carolingiennes s’étaient donné rendez-vous pour faire revivre ce moment d’histoire qui a vu naître la Normandie. Une partie d’entre eux a d’abord remonté la Seine pendant plusieurs jours jusqu’à La-Roche-Guyon à bord de quatre navires viking. De là, ils ont effectué une marche de plus de 20 km les amenant à Saint-Clair-sur-Epte, et un dernier effort leur a permis de traverser l’Epte à gué.

Nos sources :

Ce sont les curés successifs de Saint-Clair-sur-Epte qui ont transmis l’histoire du bourg, de son église, de ses saints et de ses cultes : l’abbé Joseph Lautram, avec sa brochure de 1956, reprenait le rapport du chanoine Legros, de 1883, et les observations de l’archéologue d’Arthies Léon Plancouard ; M. Colleville, qui avait repris la Vie de saint Clair par Robert Deniau, curé de Gisors en 1683, a collecté en 1959 tout cela. Autre étape importante, l’instituteur M. Emery, comme ses pairs dans la France entière, rédigea un rapport sur son village, à la demande de son inspecteur, en 1899 : il y détaille avec tendresse chaque étape d’un pèlerinage qui attira jusqu’à 3000 personnes, de toute la Normandie que saint Clair avait traversée, répandant la paix de l’âme. Et M. Destouches, archéologue disparu en 1961, le grand père du maire du même nom, a repris les recherches. Enfin le médiéviste Benoît Landrevie (ci-dessus) nous a transmis personnellement toutes ses connaissances en archéologie, en histoire et architecture.

Et c’est la dévotion de millions de personnes, au fil des siècles, que nous transmettons ici, comme une torche éternelle. La cérémonie du feu remonte certainement à la préhistoire et c’est un peu ce même feu, si bien compris et ranimé par saint Clair, qui parle en nous quand nous évoquons un souvenir exaltant de profonde charité en chantant  « et dans mon âme il brûle encore, à la manière d’un feu de joie… »

L’abbé Lautram concluait en beauté : « Et maintenant, cher lecteur, je t’invite à visiter les lieux sanctifiés par saint Clair. Peut-être seras-tu étonné par leur austère simplicité. Ici, en effet, on ne voit ni marbre, ni mosaïque, et notre église n’a pas la beauté d’une basilique. Cependant, par leur antiquité, par les souvenirs qui s’y attachent, ils font partie du patrimoine spirituel de la France. Toi donc qui aimes ton pays et ses richesses artistiques, aide nous à leur rendre la pureté de leur origine. Tu contribueras à une belle œuvre et le Saint de la lumière se penchera vers toi pour te bénir. »

Saint Basile, après Origène, insistait sur l’efficacité du culte envers les saints : « Celui qui touche les os d’un martyr participe à la sainteté et à la grâce qui y résident ». Effectuer un pèlerinage, c’est déjà le déplacement d’attention indispensable pour être touché, à son tour, par la grâce du saint. Car les saints prient pour nous. A notre époque qui se prétend hyper rationaliste, pas de danger que la déviance du côté de la magie prenne le dessus, les objets  fétiches que nous achetons par croyance au discours de la publicité, qui nous promet le bonheur et le salut par un iphone ou une serviette hygiénique, ou n’importe quel autre objet transitionnel, comblent notre besoin de superstition païenne. Dans le contexte actuel, aller vénérer un saint local près de chez soi, c’est s’arracher au paganisme ambiant, c’est retrouver un chemin vers le vrai Dieu.

Le culte de saint Clair apparaît probablement après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, en 911, qui clôt l’étape du danger normand. Les incursions païennes avaient ravagé le Vexin, entre 856 et 862, et des combats très durs avaient eu lieu à Jeufosse, non loin du confluent entre la Seine et l’Epte, sur la rive gauche de la Seine. Saint Clair le « Breton » avait donc l’auréole d’un immigrant pacifique, chrétien et pacifiant,  son invasion de bonté était le contraire de la précédente.

L’ancien nom de Saint-Clair-sur-Epte était Vulcassium, qui rappelle que l’on est dans la région des Véliocasses, ou Belges, gens venus du Nord et peuplant le Vexin. Mais c’est aussi un lieu de culte à Vulcain, et deux colonnes de l’ancien temple soutiennent encore l’église. « En s’implantant dans la région, le christianisme n’a pas cru devoir supprimer les vieilles coutumes : l’Eglise est mère et éducatrice et, quand elle arrive dans un pays, elle ne détruit rien de ce qui est bon, beau et honnête », écrit l’abbé Lautram.

Bibliographie :

  • Saint-Clair sur Epte, son nom, son histoire, le saint, le traité, les richesses artistiques, par G Van Laethem, curé de Saint Clair sur Epte 95770 1977 (imprimerie G Ruffel , Dieppe, photos C. Ruffel, Cherbourg.
  • Saint Clair magazine, bulletin de l’Association des Artisans, commeerçants et professions libérales de SCsE.

En savoir plus sur http://www.paroles.net/georges-brassens/paroles-chanson-pour-l-auvergnat#JpAVkmT8HjZ3OvZ7.99Il brûle encore dans nos cœurs…

Retour sur le vitrail représentant Jeanne d’Arc en paysanne, dans le paysage.

Jeanne d'Arc, vitrail, Saint Clair sur EpteSi l’on admet ce raccourci autour de la légende de saint Clair, l’apparition de Jeanne d’Arc devient  l’acte III du drame, le point culminant d’une guerre millénaire:   une jeune fille virile sauve le pays. Son martyre à elle signe bien, comme celui de saint Clair, sa victoire à terme : les Anglais vont bientôt renoncer à envahir la France, la monarchie reprend de l’autorité, la société se reprend en mains, cesse de se laisser emporter sur la pente de la mollesse et de la lâcheté. La femme de caractère, qui s’est mise au service de Dieu, a triomphé de la vile séductrice, saint Clair est vengé. Voici une première leçon implicite des légendes que les habitants de Saint-clair-sur-Epte ont méditées à chaque génération, une leçon mise en acte dans leur obstination à répéter tous les ans leur procession rituelle en l’honneur de leur saint patron. Et les dilemmes du temps de saint Clair reviennent régulièrement sur le tapis, car les époques féministes, comme la nôtre, sont aussi celles des grandes orgies de la consommation délétère, qu’on le veuille ou non.

Mais l’histoire avance selon le tracé d’une spirale, avec des récurrences ancrées dans les impératifs de la géographie: la guerre de 1940 peut être lue comme le dernier épisode en date de friction entre les fils de Vikings, modernes, féministes, brandissant la liberté tous azimuts comme oriflamme, et les fils des Francs, terriens, continentaux, fortifiés dans leur orgueil racial, ancrés dans leur sens de la hiérarchie, rétifs à la domination par les peuples de la mer.

La prochaine guerre, polarisée entre les  USA et la Russie, déchirera probablement les habitants selon la même ligne de fracture, et une fois encore, en Normandie il y aura des batailles qui décideront du sort de la guerre, au moins pour ce qui est de l’ouest européen. Calais, qui fut la dernière possession anglaise sur le continent, n’est pas si loin…

Chaque génération qui renouvelle le pèlerinage à Saint Clair est poussée par la douleur de sentir sa tête séparée de son corps, les gouvernants du peuple, sa fidélité à certaines choses vitales décollée du présent, coupée brutalement, faisant de chacun d’entre nous une machine qui marche sans but, devenue folle, se laissant entraîner par le courant de la modernité qui emporte tout sur son passage.

Notes

  1. Chant de procession à saint Clair

     

    Refrain : Saint Clair, saint Clair, martyr admirable

    Saint Clair, saint Clair, sois-nous secourable.

     

    Fils de l’Angleterre, De l’Ile des Saints, Un jeune homme austère A de grands desseins.

    Refrain

    Il veut sur la terre, N’importe en quel lieu,

    Pieux solitaire, Etre fils de Dieu.

    Refrain

    Il choisit la France, Pour aller aux cieux,

    Terre de vaillance, Où serait-il mieux ?

    Refrain

    Par la Normandie, Humble pèlerin,

    Son errante vie Froisse un monde vain.

    Refrain

    Mais par ses miracles, Il est admiré,

    Et par ses oracles, Il est vénéré.

    Refrain

    Reçoit les saints Ordres, Prêtre du Seigneur,

    Combat les désordres, Gagne à Dieu les cœurs !

    Refrain

    De Satan l’esclave Ose le tenter.

    Notre saint la brave, Sans la redouter. 

    Refrain

    Alors dans sa rage, L’infâme, à la mort

    Condamne le sage Sans aucun remords.

    Refrain

    Il cherche un refuge, Epte sur les bords,

    Au souverain Juge Confiant son sort.

    Refrain

    Il se fait l’apôtre De la vérité.

    Jésus il est vôtre, Par la charité.

    Refrain

    L’infâme luxure Arme des bourreaux.

    Que sa gloire est pure ! Quel divin héros !

    Refrain

    Disciple intrépide De jésus en croix,

    La main du perfide Le frappe trois fois.

    Refrain

    Il meurt, ô prodige, Sa tête entre ses mains

    Rose sur sa tige… Surprend les humains.

    Refrain

    A votre ermitage, Saint Clair et saint Cyrin,

    Recevez l’hommage  De vos pèlerins.

    Refrain

2 « Bigots « : les normands, qui comme Rollon répétaient tout le temps « By god ! »

 

 

 

 

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.