Une question complexe :
qui est le saint patron de Banthelu (95420)?
Notre minuscule commune de Banthelu, si tranquille, avec ses 60 boîtes à lettres, a le privilège d’avoir une magnifique église moderne, à l’acoustique exceptionnelle ; elle fut bâtie en 1960 grâce aux crédits américains pour la reconstruction, sur les plans de l’architecte Delaunay. En effet, le village et son église avaient été bombardés, lors de la retraite des Allemands, pourchassés par l’artillerie et l’aviation alliée qui traversa le Vexin en août 1944, une fois franchie la Seine à Mantes (« l’église a été détruite durant un des bombardements de Nucourt en 1944, par l’aviation alliée, dégât collatéral » précise Bruno Renoult, voir https://art-chretien-vexin.fr/2025/08/06/les-combats-daout-44-dans-le-vexin-par-bruno-renoult/).
Il reste de l’église ancienne, fondée en 1070, un mur, quelques arcs et une ogive, merveilleusement mise en valeur par la disparition du bâtiment qu’elle soutenait et projetait vers le ciel.
Un vitrail moderne dit que l’église est consacrée à saint Gédéon et au curé d’Ars.
Qui était le saint curé d’Ars : baptisé Jean-Marie Vianney, dit le curé d’Ars, il était né le 8 mai 1786 à Dardilly, et mourut le 4 août 1859 à Ars-sur-Formans. Il fut le curé de la paroisse d’Ars pendant 41 ans. Il est nommé patron de tous les curés de l’Univers par le pape Pie XI en 1929, parce que c’était un curé de combat. En 2010, une Année Sacerdotale fut déclarée par le Pape Benoît XVI pour toute l’Église, sous l’égide du saint Curé, qui sut réveiller la foi dans un village qui semblait mort, et qui lisait dans les âmes.
Qu’en est-il de saint Gédéon ?
Selon le site officiel catholique Nominis, voici de quoi il retourne : « Né dans une famille pauvre d’un village près de Volos en Grèce, Gédéon fut placé par ses parents chez un de ses oncles qui tenait un bazar. C’est là qu’il fut enlevé par un musulman pour être employé dans son harem. Le jeune garçon devint musulman sous le nom d’Ibrahim. Torturé par les reproches de sa conscience, il s’enfuit, et ses parents le cachèrent en Crète d’où il s’embarqua trois ans plus tard pour la Sainte Montagne de l’Athos. Mais il voulut expier publiquement sa faute et il obtint de ses supérieurs de s’engager sur la voie du martyre volontaire. Il revint à la demeure de son ancien maître musulman et lui reprocha de l’avoir forcé à trahir sa foi. Arrêté, il fut pris pour un fou. Bastonné, il fut libéré et retourna à l’Athos. Un an plus tard il revint en Thessalie et confessa encore le Christ. Arrêté, il fut condamné à avoir les membres tranchés à la hache, après diverses humiliations.
Or, cela se passait en 1818, et Saint Gédéon fut donc martyrisé par les Turcs il y a à peine deux cents ans ! Pas fameux, pour promouvoir le rapprochement entre chrétiens et musulmans…
Les premiers vestiges de l’église de Banthelu datent de 1070, il y a donc quelque part une erreur sur le nom. Effectivement, les documents les plus anciens, conservés aux Archives de Pontoise, mentionnent la consécration de l’église à saint Géréon, ce qui est bien différent.
Saint Géréon, martyr à Cologne en 287
Saint Géréon vécut vers 286, lorsque la légion thébaine (de Thèbes, aujourd’hui Louxor, en Égypte) comprenait 6 000 hommes, tous soldats chrétiens, et l’un des centurions s’appelait Géréon. Son chef, Maximien, officier de l’empereur Dioclétien, avait voulu obliger l’armée à prendre part à un culte en hommage aux dieux de l’Empire. Devant leur refus, des chrétiens furent égorgés à Cologne, où Géréon s’était fait le porte-parole de ses 318 compagnons d’armes.
Mais pourquoi lui rendit-on culte à Banthelu, à ce saint quasiment inconnu dans notre région? Des reliques de saint Géréon furent-elles acquises par le premier curé de Banthelu, avant que d’autres atteignent Ancenis, en 1104, à 30 km de Nantes, et que soit fondé le village actuel de Saint-Géréon? Et si « Géréon » était une variante de « Gédéon » et que la confusion date de très loin ? En effet, le premier Gédéon a une légende biblique qui a été fort populaire.
Le Gédéon du livre des Juges
Gédéon (ou Gidéon) figure comme un héros épique dans le livre des Juges, de l’Ancien Testament. Un sacré bonhomme!
« A cette époque, les peuples voisins causent bien des soucis au peuple de Dieu qui croit que Dieu l’a abandonné. D’autant plus que les Hébreux se sont mis à adorer des idoles, comme eux, et ils ont fort mauvaise conscience.
Dieu lance un défi à un paysan nommé Gédéon, qui n’est pas très malin, et pas courageux du tout. Il trouve toutes sortes d’excuses pour ne pas faire ce que Dieu lui demande. Les ennemis sont tellement nombreux ! Il a tellement peur, qu’il demande à Dieu de lui donner un signe, quelque chose d’extraordinaire, pour être sûr que Dieu est sérieux. Dieu lui dit alors de ne prendre avec lui que 300 hommes, mais de faire d’abord une incursion nocturne dans le camp des Madianites, avec son assistant. Et là, bien cachés, ils entendent l’un d’entre eux raconter son rêve: « J’ai vu un pain d’orge qui roulait dans notre camp. Il est venu cogner une tente, il l’a renversée, et elle est tombée. Son camarade répondit : – C’est l’épée de Gédéon, l’Israélite ! Ce rêve veut dire que Dieu a décidé de livrer tout notre camp en son pouvoir ! ». Les Madianites étaient démoralisés, et Gédéon se mit à genoux pour remercier Dieu. Puis il lança sa maigre troupe contre les ennemis « aussi nombreux que les grains de sable », qui prirent la fuite en essayant de rattraper leurs innombrables chameaux, qui avaient détalé, terrifiés par 300 torches enflammées brandies contre eux.
L’histoire des 300 chameaux fait partie du folklore qui enchantait aussi la chrétienté jadis, en particulier chez les protestants, découvreurs de la Bible en traduction dans les langues européennes. au XVI° siècle.
Les Israéliens ont encore aujourd’hui coutume de s’esclaffer quand la glorieuse armée Tsahal (dite « l’armée la plus morale du monde ») réussit un massacre de Palestiniens, de Libanais, de Syriens ou d’Iraniens, en se réclamant de ce célèbre Gédéon ; c’est une référence dans les blagues nationales israéliennes.
L’histoire de l’église de Banthelu ne s’arrête pas là. On a aussi supposé à un moment que Géréon était une variante de Germer, fondateur du monastère cistercien de Fly en 655, qui devint une magnifique abbaye. Saint-Germer-de-Fly se trouve à 46 km de Banthelu (60850)
Encore une hypothèse : le curé d’Ars, personnage compliqué mais éminent batailleur, est-il vu, quand les habitants de Banthelu le choisissent pour saint patron, comme un frère d’armes des martyrs saint Gédéon ou saint Géréon, l’un contemporain, l’autre datant de l’époque des grandes persécutions des fondateurs du christianisme? Ou bien le voyait-on de son temps comme le Gédéon biblique, qui était profondément modeste, et qui fut, contre toute attente, un grand vainqueur de batailles, et un faiseur de miracles? Les archives départementales du Val d’Oise n’ont rien conservé sur la consécration de l’église. Les archives diocésaines de Pontoise pourraient nous en dire plus… Le curé d’Ars est représenté par deux statues dans l’église Saint-Sulpice de Sailly (78440).
Il n’est pas trop tard pour continuer à l’enraciner dans le Vexin, en le fêtant le 4 août :
La fête du saint Curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, est célébrée le 4 août. Cette date correspond à la mémoire obligatoire du saint dans le calendrier liturgique catholique. Il est le saint patron de tous les curés. En 2025, Ars-sur-Formans, où il a exercé son ministère, célèbre le centenaire de sa canonisation, par le pape Pie XI.

Les habitants de Banthelu ont donc des modèles vigoureux de qui s’inspirer. Et nous aussi ! Car, comme le disait l’abbé de la Trappe Armand-Jean Bouthilier de Rancé (1626-1700),
« Vivre sans vivre en saint, c’est vivre en insensé ».
Plus d’images de l’église de Bantehlu ici Image mise en avant : collection Monumentum, sur wikipedia Voir aussi les notices de wikipedia sur les Gédéon, Géréon, et curé d’Ars.
MP

Dieu lance un défi à un paysan nommé Gédéon, qui n’est pas très malin, et pas courageux du tout. Il trouve toutes sortes d’excuses pour ne pas faire ce que Dieu lui demande. Les ennemis sont tellement nombreux ! Il a tellement peur, qu’il demande à Dieu de lui donner un signe, quelque chose d’extraordinaire, pour être sûr que Dieu est sérieux. Dieu lui dit alors de ne prendre avec lui que 300 hommes, mais de faire d’abord une incursion nocturne dans le camp des Madianites, avec son assistant. Et là, bien cachés, ils entendent l’un d’entre eux raconter son rêve: « J’ai vu un pain d’orge qui roulait dans notre camp. Il est venu cogner une tente, il l’a renversée, et elle est tombée. Son camarade répondit : – C’est l’épée de Gédéon, l’Israélite ! Ce rêve veut dire que Dieu a décidé de livrer tout notre camp en son pouvoir ! ». Les Madianites étaient démoralisés, et Gédéon se mit à genoux pour remercier Dieu. Puis il lança sa maigre troupe contre les ennemis « aussi nombreux que les grains de sable », qui prirent la fuite en essayant de rattraper leurs innombrables chameaux, qui avaient détalé, terrifiés par 300 torches enflammées brandies contre eux.