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Prier avec saint Gaucher, fêté le 9 avril

Entretien avec Claire-Odile Bouchereau :

« Tout miser sur Dieu rend heureux et c’est contagieux…. »

– Bonjour Claire-Odile, vous êtes la spécialiste de saint Gaucher, né à La Chartre en 1060, et avez retrouvé quantité de documents, à son sujet. A quels besoins de notre époque est-ce que saint Gaucher apporte une réponse,

à votre avis, au-delà de la mémoire locale du Vexin?

Les saints sont pour toute l’Eglise, et tous les temps !

ci-contre : Saint Gaucher, au-dessus de son reliquaire à Gargenville

Sans avoir rien écrit, Saint Gaucher peut nous dire beaucoup.
D’abord, que suivre le Christ et remettre toute sa vie entre ses mains, c’est une belle aventure ! Et que la sainteté est attirante. Gaucher n’a pas cherché de disciples. Il a cherché Dieu dans la
simplicité de sa vie d’ermite : la construction de sa cabane, la récolte de sa nourriture, une vie de prière, en harmonie avec la nature qui l’entoure, dans l’action de grâce plutôt que dans la prédation.
Et très vite, ce tout jeune homme a eu des personnes venues se mettre à son école. Il a fallu qu’il change ses projets, pour fonder monastères et communautés. Il y a mis sa volonté, son humilité, en
obéissance à l’Eglise, accueillant son discernement. Il fut un homme de confiance…
De très nombreux prieurés et cures en Limousin furent confiés à ses religieux. Lui était un excellent prédicateur. Il a participé ainsi à la mise en œuvre de la réforme grégorienne. Il était un vrai guide
spirituel, pour les hommes et pour les femmes, pour lesquelles il a fondé un monastère à proximité du sien. Il savait aussi respecter ses frères et ne pas exiger d’eux plus qu’ils ne pouvaient faire. Il
pratiquait le jeûne perpétuel, c’est à dire qu’il était végétarien ; mais ne l’imposa pas à sa communauté.
Dans la persévérance, Gaucher a mené plus de soixante ans de vie religieuse, au service de ses frères et de l’Eglise, puisqu’il est mort accidentellement à 80 ans…
Tout miser sur Dieu rend heureux et c’est contagieux….

– Curieusement il a d’abord été oublié pendant cinq siècles ; qu’est-ce qui l’a ramené à la mémoire populaire ?

Saint Gaucher n’a rien écrit et a fondé une congrégation de droit diocésain. Ce qui fait qu’il est surtout connu dans le Limousin, et dans sa région de naissance. Il n’a jamais été vraiment oublié. Fondateur du prieuré d’Aureil et par conséquent du village qui s’est construit autour, les reliques de son chef sont en honneur dans cette église, et donnent lieu à des grandes processions lors des ostentions tous les sept ans.
Dans le Vexin l’histoire est plus complexe. La chapelle du hameau de la Chartre, qui surplombait la fontaine, dans le lieu où il avait été élevé, lui était dédiée, et des miracles étaient attribués à saint
Gaucher. Elle était le lieu d’une foire et d’une fête patronale importante. Trois prieurés, à Magny en Vexin, Gargenville et Montalet, dépendaient d’Aureil et gardaient la mémoire de leur fondateur. La vénération de saint Gaucher était aussi vivante à Meulan, sinon François de Blois ne se serait pas ému de découvrir qu’il y était né…
Lorsque le dernier prieur d’Aureil, épuisé après les ravages de la guerre de Cent Ans et des guerres de religion, cède le prieuré et ses dépendances aux Jésuites de Limoges, ceux-ci remettent saint
Gaucher à l’honneur. François de Blois, à Meulan, découvre sa vie, la publie en 1652, et fait revenir des reliques à Meulan deux ans plus tard. On trouve alors des notices sur saint Gaucher dans les
ouvrages des Vies des saints…
A la Révolution, beaucoup de choses se perdent. Les prieurés disparaissent, la chapelle de la Chartre est détruite, reste la fontaine et une fête patronale. Le tournant du XIX° siècle et du XX° verra le fleurissement de sociétés historiques, mais faute d’aller chercher dans les archives limousines, la légende prend parfois le dessus.
Après la seconde guerre mondiale, la fête patronale tombe en désuétude, la fontaine retourne en friche. Deux événements vont rappeler saint Gaucher à la mémoire des Vexinois.
D’abord, la statue de la fontaine, disparue à la suite du rattachement du hameau de la Chartre à la commune de Brueil, est retrouvée à Juziers et restaurée.

Après avoir fait des cherches, Ghislaine Denisot fait inscrire saint Gaucher au propre du diocèse de Versailles. Des liens se font avec Aureil, et des paroissiens de Juziers et Gargenville participent aux Ostensions. L’autre événement a été le don par la famille FAURE de la fontaine de la Chartre à la commune de Brueil, et sa remise en état, qui a permis la restitution de la statue.
Par la suite, les curés et paroissiens se sont intéressés à ce saint (qui a grandi sur ce territoire et y a reçu sa vocation), jusqu’à demander que leur soit à nouveau confiée une relique, puisque l’église de Gargenville gardait de l’ancien prieuré un reliquaire vide. Ce qui lui faut accordé, Monseigneur Bozo, alors évêque de Limoges, accompagné de Monseigneur Crépy, évêque de Versailles, l’ayant déposée au cours d’une messe solennelle le 15 février 2025.

– Outre qu’il avait passé son enfance à La Chartre, après y avoir été mis en nourrice, il y avait fait bâtir une chapelle, vers la fin de sa vie, je suppose ?

On lit dans les NOTES SUR LA VIE DE SAINT GAUCHER « La chapelle de Saint-Gaucher se trouvait au fond du château, le
long du chemin qui va de la Chartre à la Malmaison. D’après François de Blois, historien de la vie de Saint Gaucher, que nous avons déjà racontée, cette chapelle avait 12 mètres 60 de
longueur y compris le choeur, sur 6 m.20 de largeur, l’entrée était sur le chemin de la Malmaison, la voûte était en plein cintre. La chapelle avait l’architecture du roman primitif, comme celle de
l’église de Brueil, elle fut construite en 1099 par le seigneur, Galéran de Meulan. – 4 baies en plein cintre éclairaient cette chapelle. La cloche se trouvait dans un campanile en pierre, construit au-dessus même de la porte d’entrée ».

Est-ce qu’il en reste quelque chose, de cette chapelle, et de quel château s’agit-il ? Visible de loin dans la vallée de la Montcient, le château actuel de La Chartre, sur la route de Gargenville à Brueil, est un bâtiment du XIX° siècle. Mais le fief est ancien, situé à environ 5km de Juziers, son ancienne paroisse. Comme dans beaucoup d’endroits, la chapelle du château servait aussi pour le bien des fidèles. Elle était construite au dessus de la fontaine, au milieu de la place où
se déroulaient les foires, elle était gérée par un conseil de fabrique et un prêtre desservant avait son logement à demeure à proximité. Il est d’autant plus difficile de savoir quand exactement elle a été construite, qu’il n’est reste rien aujourd’hui. Elle a été détruite à la Révolution, peu après une restauration… Ce qui en est dit dans certains documents me semble parfois fantaisiste.

– Dans le même document, voilà les qualités qui lui avait fait une réputation d’exemplarité : « fuir les délicatesses du corps et aimer la chasteté… il était embrasé du désir de perfection … il
recherchait la solitude des forêts ». Avez-vous découvert plus de choses dans ce domaine, en quoi son époque réclamait ce genre de vertus ?

Il y a une part du style hagiographique de l’époque ! Les vies de saints se ressemblent parfois…
Peut-on essayer de le dire dans un langage plus actuel ? On dirait que Gaucher, très jeune, s’est laissé séduire par Dieu et qu’il ressentait que Lui seul pourrait combler un désir d’absolu, et que, sans doute, ce désir ne pouvait s’épanouir dans la vie qu’on proposait alors à un jeune homme de bonne famille, ni dans la pratique des armes. L’ascèse est toujours un moyen pour se rendre disponible à plus grand. C’est donc une forme de solitude qu’il recherche, la forêt représentant à cette époque la
nature sauvage, non domestiquée. Maître Humbert confirma cette vocation. Les premières années de Gaucher dans le Limousin seront des années d’ermite, avant que d’autres ne le rejoignent.

– Comment interpréter la liste de miracles qu’on lui prête : « Parmi les miracles que saint Gaucher opéra, on rapporte qu’il ressuscita un de ses religieux qui avait été écrasé par la chute d’un arbre ; que des nautonniers qui l’invoquèrent durant la tempête, furent préservés du naufrage ; qu’il conserva la vie à des personnes que les roues d’un moulin allaient mettre en pièces ; qu’il en délivra d’autres de l’incendie ; enfin, que des boiteux, des paralytiques, des épileptiques et quantité d’autres malades, furent guéris par ses mérites et par son intercession. »

Notre époque est réfractaire à l’idée de miracle. Celle de Gaucher ne l’était pas, et un homme de Dieu avait forcément crédit sur le compte « miracles » du Seigneur ! Sinon, il n’était pas homme de Dieu : il ne Lui faisait pas confiance et Dieu ne lui répondait pas. L’ami de Dieu agit comme Lui : il guérit, il sauve… Les vies de saints sont jalonnées de miracles, petits ou grands.
Aujourd’hui toujours, la reconnaissance d’un miracle est nécessaire pour qu’une béatification ait lieu, sauf pour les martyrs.
Faut-il interpréter tous les miracles au pied de la lettre ? Dans toutes ces situations, il y a eu une issue favorable, et Gaucher a été sollicité. Donner courage à une équipe, reprendre en mains dans le calme des opérations de sauvetage quand la situation est désespérée, et que tout finit bien, cela peut tenir du miracle. Il ne faut pas oublier non plus que la médecine du XI° siècle était assez aléatoire…
Néanmoins, il y a d’autres témoignages. Des guérisons ont eu lieu autour du cercueil de Gaucher au cours de la célébration de ses obsèques. De nombreux ex-voto ornaient la chapelle de La Chartre et François de Blois s’estimait bénéficiaire de l’intercession de saint Gaucher au cours d’une maladie.
Beaucoup on reconnu que Dieu avait agi dans leur vie et que Saint Gaucher y était pour quelque chose.*

– Saint Gaucher a-t-il inspiré des artistes ou des écrivains ? Comment pouvons-nous le faire revivre pleinement, comme le mérite ce fondateur de communautés ascétiques du côté de
Limoges ?

Il y a a ma connaissance peu de représentations de saint Gaucher, et elles sont tardives.

Procession pour le retour des reliques de saint Gaucher à Gargenville, 16 02 2025.

Il y a celles qui se trouvent dans l’église d’Aureil, vitrail, tableau faisant allusion à la colombe qui conduisit
Gaucher du lieu de son ermitage au lieu d’implantation de son monastère, il y en a sans doute d’autres en Limousin ou la congrégation était très implantée.
En Vexin, la statue de la fontaine date des années 1880 : l’original est à l’église de Brueil et deux copies sont l’une à la fontaine l’autre à l’église de Juziers.
L’église de Brueil détient une autre statue, offerte par une paroissienne au début du XX° siècle. Elle semble davantage avoir été une représentation d’abbé choisie sur catalogue, qu’un réel produit de recherche artistique. La plus belle représentation reste le buste reliquaire de Gargenville (voir ci-dessous). Je ne pense pas qu’il y en ait d’autres.
Saint Gaucher a sa notice dans plusieurs ouvrages de « Vies des saints » publiées au XVII et XVIII° siècles. Une seule « vie de saint Gaucher », celle du Meulanais François de Blois, a été publiée, en
1652. Elle a été réimprimée dans une graphie actuelle pour la venue des reliques, il en reste quelques exemplaires disponibles à l’accueil paroissial de Limay.
Comment lui redonner une vraie place ?
D’abord, en accueillant son héritage. Gaucher est né à Meulan, a grandi dans le Vexin, et n’a pas oublié sa terre natale puisque trois prieurés y ont été fondés, à Magny-en-Vexin, Montalet et Gargenville (plus un quatrième aux Andelys).

Le nouveau reliquaire de saint Gaucher à Gargenville

Le Prieuré de Gargenville, qui était aussi la cure, a laissé un souvenir plus vivace, certains considérant que Gaucher était le fondateur de la paroisse. Il y a encore des recherches à faire sur la dévotion à saint Gaucher dans le Vexin.
Le connaître pour le faire connaître…
Ensuite, en le priant ! Saint Gaucher est nommé dans la litanie des saints du diocèse de Versailles, il l’est dans celle de la paroisse de Limay-Vexin. Il figure sur la bannière paroissiale. Sa fête, le 9 avril, sera désormais solennisée sur la paroisse. Le 14 mai 2026, fête de l’Ascension, les fidèles ont pu prier avec les reliques de saint Gaucher en l’église de Fontenay-Saint-Père.

  • La tradition populaire ajoute un autre miracle, opéré à la fontaine de La Chartre par l’intercession de saint Gaucher : un panier d’osier, trempé dans l’eau, se retrouva étanche ! (Il est probable que l’eau de la source se charge parfois,  exceptionnellement, en calcaire, au point de pétrifier l’osier)

Voir aussi :

Litanies de saint Gaucher

https://fr.aleteia.org/2025/02/28/le-rocambolesque-retour-des-reliques-de-saint-gaucher-a-gargenville/

 

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