Le dernier seigneur d’Aincourt fut assassiné le 20 janvier 1793    

Il s’appelait Louis-Michel Le Peletier de Saint-Fargeau (1760-1793). Noble, et député de la noblesse aux états généraux de 1789, il se rallia ensuite à la cause républicaine, et fit décréter en 1790 la suppression des qualifications nobiliaires: il ne se fit plus appeler que « Michel Le Peletier ». En grand radical, il défendit l’abolition de la torture et de la peine de mort. Robespierre « l’incorruptible » l’aimait beaucoup.

Il était proche de Condorcet, le marquis de Limay, qui était ami de la duchesse d’Enville, laquelle était la châtelaine de La-Roche-Guyon ; Le Peletier de Saint-Fargeau les a peut-être reçus chez lui dans son château d’ Aincourt ?

Il travailla à des lois en faveur de la liberté de la presse et pour répandre une instruction moderne, et nombre de ses idées furent reprises par Jules Ferry.

Ce sont ses derniers jours qui le firent entrer dans la légende. En effet, élu à la Convention, il vota, après avoir hésité, la mort du roi, alors que Condorcet et bien d’autres nobles épris de progrès comme lui s’y étaient refusés, considérant le roi comme leur cousin.

Or la veille de l’exécution, Le Peletier de Saint-Fargeau fut tué d’un coup de sabre dans un restaurant du Palais Royal, par un ancien garde du corps, révolté par ses prises de position. C’était le 20 janvier 1793, fête de la saint Sébastien, martyrisé à Rome vers 287. Le citoyen Michel le Peletier fut aussitôt considéré comme le premier martyr de la Révolution. La Convention lui fit des funérailles nationales, et les restes du « martyr de la liberté » reçurent les honneurs du Panthéon.[1]

La mort de Saint-Fargeau, par David

Cet attentat a donné lieu à un tableau mystérieux, du grand peintre son ami Jacques-Louis David, un tableau que le peintre lui-même fit disparaître deux ans plus tard, lorsque le vent tourna au détriment des révolutionnaires. Heureusement, il nous en reste une gravure, certainement fidèle à l’original. Annonciateur de « La mort de Marat », c’est un hommage au « nouveau saint Sébastien » de la République. L’original pourrait être encore emmuré au château de Saint-Fargeau, dans l’Yonne.

 

L’académicien Jean d’Ormesson est l’un des descendants de Saint-Fargeau:  les Aincourtois pourraient le revendiquer aussi comme l’un des leurs. Mort en 2017, Jean d’Ormesson était un personnage contradictoire comme son aïeul, qui était certainement comme lui un « homtimiste ». Il se disait « catholique agnostique » et imaginait les débuts de l’univers comme un oxymore, une prodigieuse rencontre créatrice de forces contraires.  Chercheur de sens et de beauté dans les évènements historiques il a déclaré :

« C’est stupéfiant, cette succession de papes : Jean-Paul II, Benoît XVI, François. Le premier, qui arrive dans les années soixante-dix alors que l’Église est en crise, incarne l’espérance avec son « N’ayez pas peur » ; Benoît XVI-Ratzinger est un grand savant, un théologien admirable, et j’ai beaucoup d’admiration pour lui – il incarne la foi ; et François, c’est la charité. François est un jésuite, mais personne n’incarne mieux que lui la lignée de saint François d’Assise. »

La société française reste encore partagée entre héritiers spirituels de l’Ancien Régime, et fils de la République. Le fil de l’histoire, ourdi sous le regard de Dieu, peut prendre sens comme outil de raccommodage salutaire.

Pour en savoir plus : https://www.wikiwand.com/en/articles/Louis-Michel_le_Peletier,_marquis_de_Saint-Fargeau

  1. P.

 

[1] Paris honore le dernier seigneur d’Aincourt avec la rue Saint-Fargeau, à Ménilmontant, et le musée Carnavalet, musée des Arts et Traditions populaires de Paris, sis dans l’ancien hôtel particulier du marquis.

 

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