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Les combats d’août 44 dans le Vexin, par Bruno Renoult

Fontenay st Père, monument commémoratif 1944-2024

Les combats de la Libération dans le secteur paroissial de Magny-en-Vexin, entretien avec Bruno Renoult 

 

MP : Après Visiteurs du Vexin 1940-44, en 3 tomes, vous sortez en 2024 un Guide mémorial du Vexin, 1944-2024, qui promet des émotions fortes à vos lecteurs. Que peut-on dire de l’Église dans notre secteur en 1944 ?

  • La Seine-et-Oise dépendait de Mgr Roland Gosselin, évêque de Versailles. Il avait fait un discours contre le STO à Beaumont. Mais un jour, après avoir dîné chez le marquis de Villefranche à Villarceaux, il fut dénoncé (à la Libération) comme un peu trop pétainiste…
  • Il y avait plusieurs curés d’origine hollandaise, à Villers-en-Arthies, à Drocourt : ils parlaient allemand, et ils protégèrent bien des habitants en négociant avec les occupants, mais en 44 ils furent arrêtés, injustement, par des « étrangers », des résistants venus de Paris, qui ne comprenaient pas grand-chose aux liens qui unissaient les villageois d’ici à leurs curés.
  • De l’autre côté, des pasteurs allemands ont dit des messes chez nous, et d’autres ont fait des dons pour nos églises. Le pasteur Damrat, qui venait de la garnison de Postdam, et qui était l’aumônier en chef de la France occupée, était proche du maréchal Rommel, qui dirigeait les opérations depuis le Vexin en 1944, et c’est lui qui l’amena à conspirer contre Hitler, après l’avoir rencontré lors d’un baptême.

Quid de nos églises criblées d’éclats d’obus et endommagées ?

  • Des bombes américaines « Tallboys » sont tombées sur Fontenay-Saint-Père, sur le clocher de Saint-Cyr-en-Arthies, sur l’église de Moussy, et il n’est resté qu’un mur du clocher de l’église de Banthelu, mais il ne s’agissait pas de destructions volontaires.

En dehors de la tragédie de Charmont*, d’autres « morts pour la France » moins connus ?

  • Dans la carrière de Nucourt, il y avait une unité d’assemblage des célèbres fusées V1, qui devaient être lancées sur Londres. Des milliers d’ouvriers arrivaient tous les jours par le train, depuis Paris, et parmi eux des déportés hollandais, strictement enfermés dans les carrières et surveillés. Il est probable que beaucoup se retrouvèrent enterrés vivants sous les bombes américaines ensuite.

Des sujets de fierté locale ?

  • À Saint Gervais, une bombe allemande V1 est tombée à 100 mètres du château de Magnitot. Or le comte appartenait à l’Action catholique ACI des Mureaux, et faisait partie du réseau pour l’évasion des aviateurs alliés…
  • C’est au château de Villarceaux, dès 1942, que la conspiration contre Hitler avait pris corps. L’opération Walkyrie (appelée Koral par les Français) fut montée à La-Roche-Guyon; finalement, le 20 juillet 1944, l’attentat contre Hitler échoua, ils furent tous pendus, à l’exception d’Egidius Schneider, qui était un militant catholique. Ces résistants allemands étaient des nationalistes conservateurs qui voulaient sauver les meubles ; souvent d’origine noble, et étrangère, comme notre vieille noblesse, ils se comprenaient, avec nos châtelains (obligés de les héberger), particulièrement avec le marquis de Villefranche, d’origine italienne. Et tous détestaient la Gestapo !

Des découvertes récentes ?

  • Les documents sont encore difficiles à trouver, il y a des rancunes terribles, et les familles gardent leurs secrets ; on peut dire que chez nous, le mur de Berlin n’est pas encore tombé… et ce n’est pas à nous de rouvrir les plaies.
  • Étrangement, on n’a aucune photo de la libération de Magny-en-Vexin, le 30 août, par la 2° division blindée américaine, sans combat.
  • Les habitants ignorent encore souvent qu’il y a eu jusqu’à 2000 hommes dans les bois du Chesnay, et 100 tués, dans la Bataille du Vexin, dont 30 Allemands à Saint-Cyr-en Arthies.

Les ex-votos ont fleuri, comme après chaque guerre, dans nos églises ; ils font allusion à des gens miraculeusement sauvés, en ces temps de carnage. Quelle est la plus belle histoire, dans ce que vous avez déterré ?

  • À St-Cyr-en-Arthies, en prévision du combat avec les Américains qui se rapprochaient, les Allemands ont fait évacuer les hommes vers d’autres villages, et ont confiné, pour les protéger, les femmes, les vieillards et les enfants dans la carrière. Le combat a commencé le 28 août ; ils y sont restés une semaine ; premier miracle, la grotte les a sauvés.
  • Deuxième miracle, un obus tiré depuis les bois du Chesnay rentre dans la carrière, s’enfile dans la galerie, mais sans exploser, et fuse, faisant long feu et une épaisse fumée. Alors Jean-Claude Bobin, un garçon de sept ans qui s’était réfugié à St-Cyr avec sa mère après avoir échappé aux bombardements de Mantes, grimpe à une échelle pour atteindre la bouche d’aération. L’échelle casse au pied, il tombe sur un cadavre. Mais il fait remonter tout le monde à la surface : rampant ventre à terre sous les tirs de mitrailleuses allemands, les rescapés trouvent refuge chez Mme Picard.
  • Troisième miracle, dans la ruelle il y avait un cadavre, mais des dizaines d’habitants ressortent indemnes de l’aventure, sous le nez des Allemands incrédules, Alléluia !

 

*Sur les fusillés de Charmont, voir Le combat du 21 août 1944 à Arthies, les violentes représailles du lendemain, témoignages recueillis par Jacques Michel, et L’Echo des Vallées, n° 131 et 133.

M.P.

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