Maudétour doit sa mauvaise réputation à son emplacement en bordure de la forêt d’Arthies, là où les brigands sévissaient ; et la léproserie, qui faisait fuir, n’était pas loin. Les anciens Maldestoriens avaient, dit Jacques Michel, adopté une devise qui inverse la malédiction:
« Mal destor esprit bel »
Mais le village, doté d’un superbe château du XVIII° siècle, n’a pas encore retrouvé sa population de 1800, et son école a fermé en 1984.
A Maudétour, on constate une vitalité spirituelle visible.
La Croix Franguiller, érigée en son nouvel emplacement à l’angle de la route de la Grand’mare et du Chemin neuf, elle a été bénite le 15 août 1976 à l’occasion de la messe célébrée sur place par l’Abbé Michel Bernay qui a offert la croix en fer forgé d’un auteur inconnu. La nouvelle église avait été consacrée en 1839 :
« L’an de Notre Seigneur mil huit cent trente neuf, le six du mois de novembre, nous, Louis Marie Edmond Blanquart de Bailleul, évêque de Versailles, nous sommes transportés en la paroisse de Maudétour en notre diocèse, accompagnés de nos vicaires généraux où nous avons fait la visite canonique d’une nouvelle église paroissiale élevée par le zèle de Noble dame Elisabeth, Marie, Pierrette le Vicomte de Blangy, comtesse douairière de Rancher, laquelle nous avons reconnu être construite selon les règles prescrites par les saints canons et convenablement munie de linges, ornements et vases sacrés nécessaires à la célébration des saints mystères. » (in Maudétour, mon village en Vexin, par Jacques Michel, 2007, p. 48)
L’église de Maudétour :
c’est une église à l’allure de temple romain, et abondamment décorée de joyaux de l’art religieux du XX° siècle (vitraux de Max Ingrand) et de reproductions de chefs d’œuvre plus anciens.
La Vierge à l’enfant
dans l’église de Maudétour, exceptionnelle, est une copie dorée de celle, également dorée, qui surmonte le clocher de la basilique Notre-Dame-de-Brebières, à Albert (62117), réalisée par le grand sculpteur picard Albert Roze. Offerte à l’église du village par l’abbé Michel Bernay dans les années 1960, elle est mise en lumière derrière l’autel, dans une niche azur irréelle, éclairée naturellement par un grand oculus en hauteur. (Photos Juliette André)
Le Vatican possède une autre copie de la statue.
Tous les ans, la messe du 15août prévue par le groupement paroissial de Magny-en-Vexin est célébrée à 11h à Maudétour.
Jacques Michel, « L’âme de Maudétour », neveu de l’abbé Michel Bernay, s’est éteint le 5 juillet 2025, à 91 ans. Très apprécié à Maudétour et bien au-delà, il a fait œuvre de conservateur des joyaux artistiques de son église.
« Le patriarche » avait été élève officier à Cherchell, chef de section parachutiste, 3° RPC 1955-57. Officier de la légion d’honneur à titre militaire. Ami et admirateur dévoué du général Bigeard (Dien Bien Phu, puis secrétaire à la Défense). Jacques Michel était Commandant de réserve. Sa devise, qu’il avait réaffirmée par écrit peu de temps avant de disparaître :
« Que ceux que j’ai pu offenser me pardonnent comme je pardonne à ceux qui m’ont offensé ».
Homme de lettres au sens propre, il a beaucoup écrit à ses nombreux amis et connaissances. Il relatait régulièrement des événements locaux pour le correspondant de la Gazette du Vexin.
Homme de mémoire, il est l’auteur de deux livres : Maudétour Mon village en Vexin que tout nouveau Maldestorien reçoit à son arrivée,
et un second sur Les combat du 21 août 44 à Arthies. Ce dernier ouvrage est déjà un document historique. Tous les témoins de l’époque interrogés ont maintenant disparu. Il a aussi réalisé des recherches fructueuses pour retrouver la trace de militaires disparus.
Citoyen engagé, Jacques Michel avait effectué six mandats de conseiller dont le premier avec son père (le maire), et il avait longtemps rédigé le journal municipal avec Arlette, la doyenne actuelle du village. Il s’est beaucoup impliqué notamment dans la restauration du petit patrimoine au sein du Parc naturel régional du Vexin, lequel a notamment subventionné le lavoir du Tertre.
Jacques Michel s’identifiait beaucoup au général Marcel Bigeard. On peut supposer qu’il aimait certaines phrases célèbres de celui-ci, comme :
[Selon wikipedia, alors qu’il est captif avec des milliers d’autres soldats à la suite de la bataille de Diên Biên Phu, il ne pardonne pas aux Vietminh d’avoir laissé mourir de faim et d’épuisement des milliers de personnes alors qu’ils avaient la possibilité de meilleurs traitements envers elles.]
« La vraie douleur, la chose que je ne pardonne pas aux Viets, ce sont les huit mille morts pendant ces quatre mois de captivité. Cruauté inutile, inhumanité. Giáp était un grand général, mais sa doctrine, le marxisme, était inhumaine. L’ancien capitaine vietminh m’a dit : « Nous n’avons tué aucun prisonnier ». C’est vrai, ils les ont laissé crever, alors qu’il aurait été si facile de sauver tout le monde. Je l’ai dit : une banane par jour, et on ramenait les gars vivants. Je ne pourrai jamais l’oublier[59]. »
Wikipedia rapporte aussi « la poignée de mains controversée qu’il échangea en direct à la télévision avec le commandant Azzedine » du FLN, pendant la guerre d ‘Algérie. À ceux qui la lui ont reprochée, Bigeard a répondu : « On ne se déshonore pas en rendant hommage à l’adversaire »
La vierge de Maudétour semble inspirée
à son tour par le courage militaire. elle brandit son enfant comme un étendard. Il n’est pas abusif de la rapprocher des figures emblématiques du courage militaire pour la France, saint Michel et Jeanne d’Arc, tous deux si présents dans nos églises du Vexin. (Ci-contre, le saint Michel de l’église de St Gervais.)




c’est une église à l’allure de temple romain, et abondamment décorée de joyaux de l’art religieux du XX° siècle (vitraux de Max Ingrand) et de reproductions de chefs d’œuvre plus anciens.
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