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Les chemins de Saint Jacques de Compostelle en Vexin, à fêter le 25 juillet

Les chemins de Saint Jacques dans le Vexin, par Evelyne Navarre-Chaput

Pour se rendre à Saint-Jacques de Compostelle, on peut traverser le Vexin. Dans toute la chrétienté, saint Jacques le Majeur est fêté le 25 juillet.

« Partir, marcher droit, arriver quelque part. Arriver ailleurs plutôt que de ne pas arriver. Arriver où on n’allait pas plutôt que de ne pas arriver. Avant tout arriver. Tout plutôt que de vaguer. » écrit Charles Péguy.

Depuis le moyen Age, des milliers de pèlerins venus de l’Europe entière, rois, princes, nobles, évêques, prélats, simples croyants affluent chaque année à Saint Jacques de Compostelle, vers le « champ semé d’étoiles », pour se recueillir sur le tombeau de saint Jacques le Majeur, l’un des plus proches compagnons du Christ.

Jean I de Boury  partit ainsi avec deux de ses fils, avant d’accompagner le roi saint Louis pour la 7e croisade, et tous les trois mourront en Terre sainte en 1248. Le pèlerinage de Compostelle est l’un des plus importants  de l’Histoire de l’Eglise.

Qui est saint Jacques

Saint Jacques le Majeur a trois figures, l’apôtre, le matamore et le pèlerin.

L’apôtre : Jacques, fils de Zébédée et de Salomé, pêcheur sur le Lac de Galilée fut l’un des apôtres du Christ. Il est le premier d’entre eux à quitter la Palestine pour partir évangéliser les confins de la terre, Finis Terrae. C’est dans l’œuvre de Didyme d’Alexandrie qu’apparaît pour la première fois la référence à un apôtre parti porter l’Evangile en Espagne, puis on la retrouve chez saint Jérôme et chez Théodoret d’Antioche.

La tradition espagnole veut que, désespéré du peu de résultats que rencontrait sa mission saint Jacques aurait pleuré au bord de l’Ebre. Notre Dame elle-même accompagnée d’anges vint pour le consoler et l’encourager, lui prédisant un grand succès pour l’avenir. Elle aurait débarqué en Galice pour lui venir en aide, le village de Nuxia est ainsi devenu le siège d’un pèlerinage à Notre Dame de la Barque.

En l’an 41 ou 42, saint Jacques retourne à Jérusalem avec au moins deux des disciples qu’il a convertis, Athanase et Théodore. Il y subit le martyre et la décapitation.  Son corps est alors ramené en Espagne et sa dépouille enterrée dans un champ offert par une dame romaine.

On oublia la présence de la sépulture du saint jusqu’au début du IXe siècle. Le 25 juillet 813 une étoile en indique l’emplacement à un ermite nommé Pélayo. Le lieu portera le nom de Campus Stellae. Le roi des Asturies Alphonse II le Chaste y fera ériger une église. Le maître autel de la basilique de Saint Jacques de Compostelle se trouve sur le lieu exact où fut enterré le saint apôtre. [Des légendes merveilleuses se greffent sur ces faits avérés, telle celle de la barque en pierre retrouvée en Galice, qu’on retrouve pour d’autres saints voyageurs, tels saint Patrick et sainte Marie-Madeleine.]

Le « matamore »: Au cours de la Reconquista saint Jacques apparut miraculeusement pour intervenir aux côtés des chrétiens lors de  la bataille de Clavijo qui opposa au IXe siècle le roi des Asturies à l’émir de Cordoue, une partie de l’Espagne était occupée. La victoire obtenue à Clavijo mettait un terme au traité qui obligeait jusqu’alors les chrétiens à livrer un tribut annuel de cent jeunes filles aux sarrasins; L’ Apôtre apparut pendant la bataille monté sur un cheval blanc, d’où son surnom de Santiago Matamoros.  On le représente ainsi parfois comme un guerrier. Un ordre militaire, l’ordre de Santiago, l’a choisi pour patron et porte son nom.

Le pèlerinage

En 638, sous le calife Omar, après un siège de deux ans, les armées arabes entrent dans Jérusalem. Les pèlerins chrétiens se verront interdire l’accès de la ville sainte à partir de l’année 1078. Cela constituera l’une des raisons qui entraîneront en 1095 l’appel à la croisade. C’est alors que le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle commence à se développer.

Il est apparu au IXe siècle. Godescalc, l’évêque du Puy l’effectuera en 951. L’engouement populaire dont il fera l’objet va atteindre son apogée à partir du XIe siècle, il coïncide avec le développement de l’influence de l’ordre de Cluny.

Les pèlerins entreprennent  ce long voyage pour des raisons spirituelles, en expiation de leurs fautes, de quelque forfait avéré, et certains se le voient imposer par l’Église.

Il y avait deux sortes de pèlerinages, les majores, c’est à dire ceux de Jérusalem, de Rome et de Saint-Jacques de Compostelle, les minores accomplis en France.

Le chemin du pèlerinage a joué un rôle considérable dans les échanges religieux et culturels. Les magnifiques édifices qui le jalonnent en témoignent, ils répondaient aux aspirations spirituelles des « Jacquets » qui se rendaient à Saint Jacques. Ces lieux de culte, grands édifices ou églises paroissiales, apparaissent sur le guide d’Aimery Picaud qui vécut au XIIe siècle.

Les routes de Saint Jacques dans le Vexin français

Les quatre principales routes qui menaient à Saint Jacques partaient de Paris, Vézelay, Le Puy et Arles.

La Via Turonensis partait  de Paris et passait par Chartres et Tours. La Via Lemovicensis partait de Vézelay, elle passait par Limoges.

La Via Podiensis  venant du Puy passait par Conques.

Enfin la Via Tolosana partait d’Arles et passait par Toulouse.

Chacune d’entre elles comportait des chemins secondaires qui convergeaient vers elles. On venait à Paris depuis Boulogne, Tournai, les Pays Bas, les routes de Caen, du Mont Saint Michel et de Bretagne rejoignaient ces chemins.

Les « Jacquets » empruntaient les anciennes voies romaines demeurées praticables, mais ces grandes routes ne passaient pas par le Vexin, on les rejoignait par tout un réseau de voies et de chemins.

Quatre d’entre eux venaient de Beauvais, ce qui permettait aux pèlerins de gagner Tours sans passer par Paris. I

l y avait ainsi la route de Beauvais et Saint Clair sur Epte, celle de Beauvais à Chartres par Auneuil et Delincourt. L

a route de Beauvais à Orléans par Marines et Meulan. Celle de Beauvais à Pontoise par Berville et Rhus.

Des chemins menaient de Saint Clair à Vétheuil et de Gisors à Chambly. La Chaussée Jules César allait de Rouen à Paris par Saint Clair sur Epte et Pontoise. Un chemin allait  de Vétheuil à Meulan et Poissy par les hauteurs dominant la rive droite de la Seine.

Certaines sections des routes de Beauvais à Gisors et de Beauvais à Meulan portent le nom de « Chaussée de Brunehaut », un personnage légendaire qui aurait été dans l’imaginaire médiéval à l’origine de la création de ces voies rectilignes que l’on admirait alors.

Quelques routes autour de Gisors et de Berville portaient le nom de « Chemin de la Reine Blanche », Blanche d’Evreux, sœur de Charles de Navarre qui vécut à Neaufles-Saint-Martin était la veuve de Philippe VI de Valois. Deux chemins portent encore le nom de Chemin de Saint-Jacques, l’un dans le village de Delincourt, l’autre près de Saint-Crépin-Ibouvillers, non loin de la commanderie des Templiers d’ Ivry le Temple.

Dans le Vexin, les Templiers fondèrent la commanderie d’Ivry le Temple et celle de Messelan sur la commune de Frouille et les Hospitaliers celles de Louvière à Omerville et de Vaumion à Ambleville. Les Templiers et les Hospitaliers offraient l’hospitalité aux pèlerins et assuraient leur sécurité.  Ils jalonnèrent les chemins de croix, rouges pour les Templiers et blanches pour les Hospitaliers.

Il existe dix croix rouges dans le Vexin français ou lieux dits la « Croix Rouge », elles datent du XIIe et du XIIIe siècle, on les trouve à des carrefours ou en bordure d’anciens chemins. On trouve par ailleurs  onze croix blanches.

Il existe dans l’église de Vétheuil une superbe statue de saint Jacques datant du XVe siècle et l’on peut se prendre à imaginer, sans preuve historique,  que des pèlerins y faisaient une halte pour prier Notre Dame de Grâce, récitant, « cinq Pater et cinq Ave » pour obtenir la guérison d’un enfant malade (comme l’explique une plaque de cuivre vissée dans l’allée centrale, à l’église de Vétheuil, là où s’agenouillaient les femmes; cette plaque fut posée par l’abbé Lemaire).

Le saint Jacques polychrome du XVI° s. Il arbore un chapeau à larges bords, et un manteau, la « pèlerine » ; dans sa main il tient un bâton de marche, le bourdon. Il porte en bandoulière sa besace. Le sermon Veneranda dies issu du Codex Calixtinus nous dit au sujet que cette besace représente

« la libéralité dans l’aumône et la mortification de la chair. C’est un sac étroit, fabriqué dans la peau d’un animal mort, qui est ouvert en haut sans être fermé au moyen de lacets. L’étroitesse de la gibecière du pèlerin signifie que, confiant dans le Seigneur, le pèlerin ne doit emporter que de modestes provisions. Elle est faite de la peau d’un animal mort, parce que le pèlerin doit lui-même mortifier sa chair sujette aux vices et au désir, par la faim et la soif, le jeûne, le froid et la nudité, les efforts et l’opprobre. Elle n’est pas fermée par des lacets, mais toujours ouverte en haut, à l’image du pèlerin, qui partage au préalable ses biens avec les pauvres et, plus tard, est disposé à prendre et à donner ».

La coquille quant à elle appartenait aux emblèmes de l’amour et du mariage, elle était rattachée au culte des défunts. En général, dans ses représentations, nous dit Bernard Gicquel,

« le saint se rapprochait du pèlerin chrétien au point de se confondre avec lui. Il devenait aisément une image tutélaire de ceux qui, pareillement vêtus, peinaient sur les routes de Compostelle et dont l’ambition la plus haute devait être de l’imiter dans sa sainteté. Le même sermon Veneranda dies [issu du Codex Calixtinus ] fournit une interprétation symbolique de ces attributs. Ainsi,  le bâton, troisième pied qui s’appuie sur le sol, symbolise la foi en la Sainte Trinité et l’aide qu’elle apporte pour se défendre du mal, analogue aux chiens et aux loups que chasse le bâton. Quant à la coquille, formée de deux côtés qui ressemblent par leurs nervures aux doigts de la main, elle représente la double obligation de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain à laquelle doit satisfaire le pèlerin. »

[L’autre représentation de saint Jacques, dans l’église de Vétheuil est une huile sur toile, non signée, des années 1850. On y reconnaît les attributs habituels de saint Jacques, mais on est surpris par l’allure « Directoire » du personnage, ancré dans la modernité de l’époque, son geste d’accueil, et sa légèreté dans la marche, comme si c’était une incarnation fugace du désir du peintre et du commanditaire de voir renaître l’esprit démocratique du pèlerinage de saint Jacques. MP]

 

Bibliographie 

BernardGicquel,
«Saint Jacques successeur des dieux Hermès et Mercure »
URL : http://lodel.irevues.inist.fr/saintjacquesinfo/index.php?id=241

Bulletin de l’Association des Amis du Vexin français n 61 décembre 2008, Anciennes voies romaines et chemin de Saint-Jacques dans le Thelle et le Vexin français, Jacques Dupâquier et Jean-Pierre Richevaux

 

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