Le 1er novembre, nous fêtons tous les saints. Or la liste ne cesse de s’allonger. Est-ce bien raisonnable ? Certes nous avons toujours besoin de sainte Vérène, patronne des femmes de ménage des églises et presbytères (fêtée le 1er septembre),
de saint Nicodème, patron des fossoyeurs (fêté le 31 août), et qui mit en terre le Christ avec son ami Joseph d’Arimathie, le mystérieux personnage riche qui, s’étant fait creuser un tombeau, comme c’était l’usage, le donna aux disciples du Christ pour celui-ci, mais ne voulut pas qu’on sache que c’était lui, car les autres pharisiens l’auraient persécuté. Wikipedia nous en dit plus : »
est l’un des premiers disciples de Jésus. Pharisien et membre du Sanhédrin, Nicodème apparaît trois fois dans l’Évangile selon Jean : il écoute son enseignement (Jn 3. 1-21 [archive]), il prend sa défense lorsqu’il est malmené par les pharisiens (Jn 7. 45-51 [archive]), il aide Joseph d’Arimathie lors de la Descente de croix et la Mise au tombeau (Jn 19. 39-42 [archive]).
Pour la tradition chrétienne antique, c’est l’un des trois dirigeants pharisiens qui sont secrètement disciples de Jésus avec Gamaliel l’Ancien (Clément, Recognitiones, 1, 65) et avec Joseph d’Arimathie. »
de sainte Claire, patronne du monde de la télé (fêtée le 11 août),
de saint Fiacre, patron des jardiniers, et présent dans l’église de Guiry. 
de sainte Véronique, la patronne des photographes, la première à avoir imprimé sur un linge les traits du visage du Christ (fêtée le 4 février), (voir https://art-chretien-vexin.fr/2026/02/01/sainte-veronique-et-fra-angelico/ sans parler de saint Gaétan, patron des banquiers,
de saint Christophe, patron des chauffeurs de taxi (voir https://art-chretien-vexin.fr/2025/07/18/saint-christophe-en-vexin/)
de saint Georges, patron des maladies vénériennes, si l’on peut dire,
de saint Pierre, par la faute duquel le vin vint à manquer lors des noces de Cana, si bien que les alcooliques repentis le reconnaissent comme l’un des leurs.
Mais avec saint Vincent, (« Vin-saint ») le patron des vignerons, on peut toujours s’en remettre à un protecteur moins rigoureux…
Le 11 octobre, Il ne faudra surtout pas oublier saint Gommaire, le saint patron des maris qui ont des femmes mauvaises. Il fait la paire, en quelque sorte, avec
sainte Rita, patronne des femmes mal mariées,
des causes désespérées et des choses impossibles.
Puis le temps des joyeusetés reviendra, et le 11 mai, il faudra se raccrocher à
Philippe Néri, patron des humoristes (voir https://art-chretien-vexin.fr/2026/04/01/rire-ensemble-avec-les-saints/)
Molière était mort sur scène, saint Genès est le patron des comédiens martyrs.
Peut-être que sainte Marguerite est à invoquer sous la même bannière de la créativité, car les blagues n’ont jamais manqué autour de sa légende : on dit qu’elle avait su charmer et calmer un redoutable dragon, outre moult ours et lions, alors que celui dont elle ne voulait pas pour mari, le général Olibrius, tentait de la faire céder à ses avances à coup de torches ardentes et chaudron d’huile bouillante, le tout sans arriver à la faire craquer (voir sa statue très évocatrice ici.
Attention, ce n’est pas la même sainte Marguerite qui est intervenue de façon décisive dans la vie de Jeanne d’Arc !!!
C’est sainte Jeanne de France qui, avec sainte Catherine et saint Michel, l’archange des batailles, lui avait fait entendre sa Voix ; après quoi, Jeanne la bonne Lorraine sut faire plier le roi à la volonté de Dieu, sut le convaincre de se conduire en homme, et non plus en craintif jouisseur ; il obéit à la Pucelle, et lança son armée contre les Anglais à l’Ouest, puis contre leurs alliés les Bourguignons à l’Est. Jeannette est devenue sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France, après la sainte Vierge, par un « bref » du pape Pie XI en 1922. La France aurait été engloutie par ses voisins sans Jeanne d’Arc : les saints et les saintes de Dieu sont en fait des gens avec qui on ne rigole pas, de leur vivant, et il faut continuer à prier devant les statues et vitraux, nos magnifiques et diverses Jeanne d’Arc du Vexin!
Notre Vexin a-t-il déjà produit des saints ?
C’est le moment de nous souvenir de l’abbé Derry, de Maudétour. Il avait dirigé la colonie de vacances au château de Maudétour en 1941, comme les années précédentes. Il fut décapité à Cologne le 15 octobre 1943, pour faits de résistance. Dans sa dernière lettre, il écrivait ceci : « La mort, c’est le voile qui se déchire. Comme je voudrais bien mourir ! Ce serait au moins cela de bien dans ma vie dont le Bon Dieu pourrait tenir compte. Oh, s’il voulait bien me donner sa grâce et accepter ma vie, quelle messe ! S’il continue à m’aider, j’irai en chantant ‘Ce n’est qu’un au revoir’ au Ciel. Qu’est-ce donc que quelques années ? »
Bref, chacun a besoin de saints de référence, pour leurs vices surmontés ou pour leurs pures vertus, pour leur envergure historique, pour leur légende consolante ou pour la beauté de leurs images : ils sont à la fois à notre image et à l’image de Dieu, ils nous aident à nous connaître, et à reconnaître le type de sainteté qui cherche à émerger de notre moi profond : « Ils sont chemin de foi, ils sont chemin vers Dieu… »
A la Toussaint, invoquer tous les saints c’est sain, car même les plus malsains, grâce à l’intercession d’un saint, peuvent à leur tour faire essaimer cet « esprit de sainteté,e sprit de lumière » que nous ressentons naissant en chacun, un jour, pour toujours, si Dieu le veut.
MP
