Une visite guidée de l’église Notre-Dame de Vétheuil :
Première partie, l’extérieur et l’architecture.
par Martine Reymond (illustrations Pierre Poschadel et MP).
[Pour compléter, voir sur wikipedia la collection complète des photos, de Pierre Poschadel].
Bienvenue en l’église de Vétheuil (95510). 
Cet édifice est connu dans le monde entier grâce à Claude Monet qui l’a représenté dans plus de soixante toiles.
Nous débuterons par l’extérieur.
Une première église semble avoir existé au Xème ou au XIème siècle après J.C. Il n’en reste rien. Franchissons quelques décennies : l’histoire de l’église actuelle débute vers 1180, période de transition entre l’art roman et l’art gothique. C’est donc probablement sous le règne de Philippe Auguste que débuta sa construction.
Le chevet englobant le chœur et l’abside est typique du roman tardif : des fenêtres hautes et étroites en forme de lancettes surmontées d’ouvertures circulaires (oculi)
sont séparées par de puissants contreforts répartis en arc de cercle et soutenant le mur sur toute sa hauteur. On retrouvera dans le style gothique, la fenêtre en lancette mais plus élargie. Les contreforts sont à ressauts, ces sortes de marches qui s’affinent progressivement vers le haut. C’est typique du roman tardif ; le contrefort à ressauts sera suivi de l’arc-boutant dans le style gothique.
Dans la partie haute, nous remarquons une corniche dite corniche beauvaisine. Les fenêtres à lancettes sont surmontées d’une sorte de bourrelet : les tailleurs de pierre y montrent leur savoir et ici, vous remarquez des reliefs en pointe de diamant.
Un petit chemin de ronde fait le tour et sert à nettoyer les vitraux.
Ce vaisseau terminé en abside semi-circulaire donne à l’ensemble une sorte d’austérité mais aussi d’équilibre, bel exemple du style transitoire de l’art roman vers l’art gothique.
La partie médiane qui englobe la nef est quant à elle, du XVIème siècle, comme d’ailleurs, la petite sacristie, accolée à la partie sud du chœur ; l
a date de 1533 figure sur l’encadrement d’une des deux fenêtres de la sacristie, sur un ruban décoratif dans la partie droite. Précisons que les sacristies n’existaient pas au Moyen-Age.
Nous savons que l’église de Vétheuil resta inachevée pendant presque quatre siècles et que les travaux ne reprirent que vers les années 1520 sous François 1er et s’achevèrent en 1580 sous Henri III. Un document conservé aux archives départementales de Versailles rapporte que le représentant de l’archevêque de Rouen a consacré cette église en l’an de grâce 1580.
Pourquoi cet abandon pendant presque quatre siècles ?
On ne peut qu’émettre plusieurs hypothèses pour expliquer ces faits.Les calamités climatiques comme par exemple en 1315, un été pourri (ce qui a impliqué une récolte inexistante et donc une disette).
La Guerre de Cent ans qui comme chacun sait a duré plus de cent ans avec il est vrai, des périodes de répit, de 1337 à 1453 – guerre dynastique opposant les rois de France à plusieurs prétendants au trône.
La peste qui réapparut en 1348 et qui fit des ravages considérables pendant deux ans. On a estimé qu’un Français sur trois en est mort entre 1348 et 1350 !
Le grand Schisme de l’Eglise qui divisa l’église : Clément VII avait été élu par les cardinaux en Avignon – le siège de la papauté ayant été transféré en Avignon par Clément V en 1309. Or, le peuple romain qui souhaitait un pape italien, imposa l’élection d’Urbain VI en 1378.
Plus prosaïquement, tout simplement le manque d’argent.
La partie centrale de l’église ou nef est gothique.

Avançons vers le portail sud du XVIème siècle. Le porche assez profond e
st abondamment décoré ; une statue de la Vierge à l’Enfant polychromée figure au trumeau, entre deux vantaux en bois sculpté représentant des éléments de la vie de la Vierge Marie.
Ces deux vantaux qui datent eux aussi du XVIème siècle, n’ont jamais été restaurés depuis leur installation. Admirez leur état préservé.
En levant les yeux, on peut voir des arcs en diaphragme, porteurs des murs latéraux.
Vous pouvez apercevoir sur les arcatures latérales qui soutiennent le plafond du porche les initiales L et A :
ce sont celles des initiateurs de la partie Renaissance de cette église, à savoir Louis de Silly, seigneur de la Roche-Guyon dont dépendaient les terres de Vétheuil et son épouse, Anne de Laval..
Un fils leur est né en 1551, après douze ans de mariage. Leur joie est immense et en remerciement à la Vierge, ils agrandissent l’église et en financent les derniers travaux.
Ce qu’il faut savoir, c’est que Louis de Silly est un neveu du Cardinal d’Amboise, haut personnage, ancien premier ministre de Louis XII, ancien ambassadeur à Rome, évêque de Narbonne puis archevêque de Rouen en 1494.
Le cardinal d’Amboise fit travailler une famille d’architectes ramenés d’Italie : les Grappin (peut-être des Grappini ?).
Ce sont eux qui travaillèrent d’une part à son château de Gaillon, un des premiers châteaux Renaissance en France et d’autre part à la cathédrale de Rouen.
On peut imaginer mais là encore c’est une hypothèse, que le neveu a repris les équipes ayant travaillé pour son oncle à Gaillon.
Quoi qu’il en soit, la beauté de la construction est indéniable et culmine sur la façade ouest. Nous devons encore ce portail ouest à Louis de Silly et à son épouse.
La façade Ouest en pierre blonde présente des frontons, des balustrades, des ornements en forme de palmettes et de soleils, des pots à feu,
tous ces éléments démontrant l’influence de la Renaissance italienne, pleine d’élégance et de fantaisie.
Les murs situés de part et d’autre, correspondant à la profondeur des chapelles que vous verrez tout à l’heure, sont dénués d’ouverture et de décoration, ce qui a pour effet de concentrer le regard sur la partie centrale. (Image : dessin d’Eugène Sadoux, Wikipedia)
Pour le portail Ouest, les deux vantaux permettant d’accéder à l’intérieur de la nef sont séparés par un trumeau où se trouve une statue représentant la charité, traditionnellement accompagné de l’enfant Jésus et de Saint-Jean Baptiste.
Les portes en chêne représentent
divers épisodes de la bible (le Buisson ardent, le sacrifice d’Isaac par Abraham,
le meurtre d’Abel par son frère Caïn, Adam et Eve chassés du paradis terrestre),
Des représentations symboliques telles que :
- a) la Force morale ou courage (il s’agit d’une des quatre vertus cardinales) la force d’âme symbolisée par la colonne et la peau de lion faisant référence à Samson qui a vaincu le lion,
- b) la Justice autre vertu cardinale qui consiste à donner à chacun ce qui lui est dû. La balance est symbole d’impartialité et l’épée symbole du pouvoir exécutif de la Justice qui frappe le coupable ;
les deux panneaux de droite représentent
- c) la Foi symbolisée par le calice contenant l’hostie, vertu théologale de l’église catholique
- d) probablement une représentation de la Passion du Christ avec les trois clous de la crucifixion et le marteau.
Sur la partie supérieure, trois niches devaient abriter des statues. Chacune est surmontée d’une coquille en demi-cercle puis d’un fronton triangulaire.
Un arc en plein cintre chapeaute cet ensemble qui est lui-même surmonté d’un fronton en triangle reposant sur un entablement dorique. Au centre de ce fronton, restauré en 1937, la Vierge Marie entourée par deux anges musiciens avec, à chaque extrémité, une allégorie du soleil et de la lune. Rappelons qu’une allégorie est la figuration d’une abstraction par une image.
Première signification du soleil et de la lune : ils matérialisent la progression du temps depuis le lever du soleil jusqu’à la nuit. La pensée chrétienne y ajoute une interprétation de la chrétienté. La lune est le symbole de l’Ancien Testament et le soleil celui du Nouveau Testament ; la lune ne doit sa brillance qu’à l’éclat du soleil et la compréhension de l’Ancien Testament ne peut se réaliser qu’à la lumière du Nouveau Testament.
La partie encore plus haute et située un peu en retrait, comporte :
- une balustrade en de dentelle de pierre délimitant le passage qui permet de joindre les deux tourelles,
- deux baies en plein cintre dont la fonction est d’éclairer l’intérieur de la nef,
- une seconde balustrade appuyée sur un entablement dorique
- une troisième balustrade avec une galerie joignant les deux campaniles ou lanternons qui coiffent les tourelles.
- Entre les deux campaniles, un fronton en demi-cercle surmonté d’une croix.
- Quatre pots à feu sont disposés autour de la base des campaniles.
- Les quatre meurtrières réparties sur les quatre faces des campaniles correspondent aux quatre points cardinaux.
Deuxième partie, pénétrons à l’intérieur de l’église : lire la suite ici :
https://art-chretien-vexin.fr/2025/08/10/une-visite-guidee-de-lglise-de-vetheuil-suite/
Permettez-moi de vous recommander nos cartes postales et nos brochures en vente à l’entrée ; l’association est composée de bénévoles, qui s’emploient à entretenir cette église et à faire restaurer chaque année des éléments sauvés ainsi de l’outrage du temps. Vous pouvez également déposer un don dans le tronc de l’Association placé là.
Nota-Bene : cette présentation n’a pas p@our ambition d’être exhaustive ou dénuée d’erreurs. N’hésitez pas à nous signaler tout manquement, en nous contactant à l’adresse [email protected]
Martine Reymond , guide Bénévole à Vétheuil.

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