Saint Côme et saint Damien, « thaumaturges » et « anargyres », martyrisés vers 286
D’origine Arabe1 , ils naquirent en Arabie et pratiquèrent la médecine dans le port maritime d’Aigéai dans le golfe d’Alexandrette, puis dans la province romaine de Syrie.
Pendant les persécutions de Dioclétien, Côme et Damien furent arrêtés sur l’ordre du préfet de Cilicie, un certain Lysias dont c’est la seule initiative connue. Il leur ordonna d’abjurer sous la torture. Selon la légende ils restèrent fidèles à leur foi en dépit de toute une série de tortures affreuses auxquelles ils restèrent insensibles ; finalement ils furent décapités. Leurs frères cadets Antime, Léonce et Euprepius, qui les suivaient partout, partagèrent leur martyre.
Ils sont qualifiés de thaumaturges, ou « faiseurs de miracles ». La plus célèbre de leurs nombreuses cures miraculeuses rapportées, la greffe d’une jambe de Maure pour remplacer la jambe nécrosée d’un patient, fit l’objet de nombreuses peintures et miniatures.
Côme et Damien sont les saints patrons de médecins et chirurgiens. Ces deux frères jumeaux ou amis furent inséparables toute leur vie jusqu’au martyre pour leur foi au Christ, à Cyr au nord de la Syrie, au début du IVe siècle. On les avait surnommés les « anargyres » car ils accomplissaient de nombreuses guérisons sans se faire payer. C’étaient des médecins complets : en même temps que les maladies physiques, ils soignaient les misères des âmes et des cœurs, délivrant les possédés, pacifiant les angoissés. Ils convertissaient au christianisme à grande échelle.
Le culte des saints Côme et Damien se répandit rapidement d’Orient en Occident. Leurs noms furent même inscrits, à la suite de ceux des apôtres et des premiers Papes, dans la « communion des saints » de la première Prière Eucharistique (dite par le prêtre avant de consacrer les offrandes :
« Dans la communion de toute l´Église …,
nous voulons nommer en premier lieu
la bienheureuse Marie toujours Vierge,
Mère de notre Dieu et Seigneur, Jésus Christ;
saint Joseph, son époux,
les saints Apôtres et Martyrs
Pierre et Paul, André.
Jacques et Jean,
Thomas, Jacques et Philippe,
Barthélemy et Matthieu,
Simon et Jude,
Lin, Clet, Clément,
Sixte, Corneille et Cyprien,
Laurent, Chrysogone, Jean et Paul,
Côme et Damien, et tous les saints.
Accorde-nous, par leur prière et leurs mérites,
d´être, toujours et partout,
forts de ton secours et de ta protection. »)
Dès le Ve siècle, de splendides basiliques leur ont été dédiées : en Syrie, en Cappadoce, à Constantinople, à Ravenne et à Rome où la mosaïque de leur église les représente, offrant leurs couronnes au Christ, sous la conduite des saints Pierre et Paul.
Côme était un prénom à la mode pendant la Renaissance italienne, porté notamment par des membres de la famille Médicis ; il vient du grec cosmos : « monde ». Damien est un nom d’origine grecque, qui renvoie à « Damia » : c’était le surnom de Cybèle, déesse de la fertilité pendant l’Antiquité gréco-romaine.
Les statues de Côme et Damien de Vétheuil témoignent par leur style de la vénération populaire. Leurs couleurs encore vives soulignent l’expression profondément sereine des visages, au demeurant assez semblables ; ils ont des tricornes et des flacons d’onguents identiques, de même que le léger déhanché des postures et le drapé élégant ; le petit personnage difforme au pied de saint Côme attire l’œil par son réalisme. Il évoque probablement un nain que saint Côme parvint à faire grandir miraculeusement, selon la légende. Mais même si l’on et en droit de douter de l’authenticité de cette guérison, il faut comprendre que la pose filiale, empreinte d’humilité et de gratitude, du petit homme difforme, porte un message : nous devons tous garder cette attitude devant le Créateur, le thaumaturge par excellence. C’est une allégorie pour figurer une leçon spirituelle complexe : le pécheur est comme un être difforme de naissance, de par le péché originel de toute l’humanité, mais chacun peut s’élever et grandir, par l’action de la grâce qui sauve, à condition de préserver dans son âme le choix de « se sentir petit » devant Dieu. C’est le goût roman pour des représentations didactiques qui se manifeste là, même si les statues sont datées du XVI° s.
On fête saint Côme et saint Damien le 26 septembre en Occident.
