Il y a reliques et reliques : une photo d’un être cher est une relique ; la Couronne d’épines du Christ, achetée à un prix exorbitant par le roi saint Louis, conservée à la Sainte Chapelle à Paris, et qui est offerte à l’adoration des fidèles tous les ans le vendredi saint à la cathédrale Notre-Dame de Paris, ou le Saint Suaire de Turin, sont des reliques ; plus près de nous la Tunique sans couture conservée à l’église d’Argenteuil en est une autre. Dans les trois derniers cas, les historiens, les tribunaux ecclésiastiques, et les experts rivalisent de scrupules pour certifier l’authenticité de ces objets, même si la polémique ne s’arrête jamais.
Quoiqu’il en soit, la vénération populaire se base sur un autre argument : il y a des objets, qui, si on s’adresse à ce qu’ils incarnent selon le principe universel de la métonymie, font des miracles. En ce sens, une icône, une statue de la sainte Vierge, sont aussi des objets infiniment précieux et uniques, possèdent incontestablement une étincelle du divin. Malheureusement, l’enchantement fécond que provoquent l’amour et la foi est quelque chose de volatile.
Il y a les petits malins qui fabriquent des fausses reliques, et s’enrichissent à la revente, il y a notre époque, désenchantée, qui oublie qu’il faut croire, pour ne pas sombrer dans le désespoir, et il y a les idolâtres, qui croient plus aux objets qu’aux saints, et à la magie plus qu’à la sainteté véhiculée par les débris qui nous éblouissent. Et malheureusement, les trois impiétés peuvent très bien se combiner en chaque être humain !
Image mise en avant : Reliquaire de saint François de Sales, fêté le 24 janvier, et toujours bien présent parmi nous, avec l’ordre des Salésiens. Le grand combattant contre les protestants, natif d’Annecy. Il est associé ici au grand guerrier saint Georges, martyr.
L’église où se trouve ce reliquaire comporte un autre reliquaire, de la même facture, certainement du même atelier d’une communauté monastique : en lettres minuscules sont mentionnés saint Pierre apôtre, saint Paul (les deux fondateurs de l’Eglise), et saint Antoine de Padoue, patriarche. (1195-1231) (Photos : Bernadette Pilleux Laglasse)

Saint François de Sales (1567-1622) et saint Antoine de Padoue ont en commun d’avoir été de grands prédicateurs. Depuis 1923, l’Église catholique considère saint François de Sales comme le saint patron des journalistes et des écrivains en raison de son recours à l’imprimerie. Ses publications comptent parmi les premiers journaux catholiques au monde (wikipedia). Saint Antoine de Padoue était surnommé « le marteau des hérétiques ». on comprend la filiation entre les deux personnalités, l’un ayant combattu les cathares, l’autre les protestants.

