Science fiction en Vexin : l’œuvre d’Henri ALLORGE 

(in L’Echo des Vallées n°113, avril-juin 2016)

Henri Allorge, né à Magny le 20 mars 1878, mort à Paris en 1938, a été un auteur de science-fiction très populaire. C’est une anthologie de poésie catholique de 2005, Les Fleurs du Bien de Lucien Viborel, qui éclaire le mieux son parcours professionnel. Henri Allorge prépare Polytechnique, puis se lance dans des études de lettres mais rate l’agrégation. Il devient journaliste, publie dans la Revue des poètes avec ses amis, dont Achille Paysant. Il est employé au ministère de la guerre quand il fait paraître son premier recueil de poèmes en 1901. L’Essor éternel (1909) est couronné par l’Académie française. Poète reconnu, il a sa notice dans Poètes d’hier et d’aujourd’hui de Gérard Walch en 1916.
C’est aussi l’auteur d’un curieux opuscule, L’Âme géométrique (1906), préfacé par Camille Flammarion, astronome mais aussi auteur conjectural. Il y « chante la signification pittoresque et symbolique que peuvent offrir les différentes figures géométriques ». Dans cette veine, il publie en 1924 Petits poèmes électriques et scientifiques.
Arrêtons-nous sur son roman le plus lu, Le Grand Cataclysme, de 1927.
Comme l’indique son sous-titre, Le Grand Cataclysme prend place au centième siècle, en 9978 plus précisément. La première partie s’attache à montrer à quoi ressemble la vie dans cet avenir lointain, en précisant d’emblée que la Terre a déjà connu de terribles séismes en 8960, qui ont profondément changé la physionomie du pourtour méditerranéen : les plus grandes villes d’Europe ont été détruites et la France, par exemple, est en grande partie recouverte par l’océan. Une fois les territoires dévastés, la population s’est rassemblée dans une poignée de mégapoles à travers le monde, dont deux en Afrique du Nord : Kentropol, centre de la recherche scientifique, et l’industrieuse Hérakloupol.
L’électricité règle tous les aspects de la vie quotidienne. Les gens usent de « bibliophones » et communiquent au moyen du « téléphote », sorte de téléphone à écran holographique. On ne se nourrit plus que d’aliments synthétiques, pâtes sous forme de cubes, liquides et même parfums. Si tout n’est pas parfait, la misère est éradiquée, et les travaux les plus lourds sont délégués à de grands singes évolués qui servent de domestiques et d’ouvriers aux humains.

La science domine sur tout, et comme dans nombre d’utopies, l’organisation rationalisée de la vie passe par l’absence de sentiments. Ainsi, le mot « amour » est tombé en désuétude, et les historiens l’interprètent comme une maladie foudroyante heureusement éradiquée. Seul, le rêveur et sensible Triagul s’intéresse à ce sentiment perdu…
Une série de troubles atmosphériques inexpliqués se fait sentir, qui culminent alors que les amis sont en voyage d’agrément pour contempler les ruines de Paris et de Londres – ce qui nous vaut un chapitre hilarant où Spirol explique par des étymologies fantaisistes la civilisation antique et sa barbarie (la Marseillaise renvoie au dieu de la guerre, le Louvre au loup, Lyon au fauve, et bien d’autres saillies du même genre). Il s’agit ni plus ni moins que de la disparition de l’électricité, qui fait chuter leur appareil volant, en même temps qu’elle paralyse Kentropol.

Non-violents et végétariens, les Kentropolitains doivent provisoirement revenir à la barbarie.

La suite prend un ton beaucoup plus grave que la première partie. Alors que les mégapoles votent l’union et la mise en commun de leurs moyens pour faire face au bouleversement de leur fonctionnement et assurer la survie de tous, l’arrogante Hérakloupol, qui a des visées sur un gisement de houille appartenant à Kentropol, refuse toute coopération puis déclare la guerre à sa rivale.
L’idéologie qui sous-tend le bellicisme d’Hérakloupol est fondée sur une prétendue supériorité de ses citoyens : eux seuls sont amenés à rester sur Terre et à régner, toutes les ressources doivent donc leur revenir. [Serait-ce par hasard un relent de quelque chose, une anticipation ?]

La guerre qu’ils mènent sera donc une guerre d’extermination en plusieurs phases :
d’abord bactériologique, puis en recourant aux redoutables « miroirs obscurs » et enfin aux terrifiants « nuages violets ». La description de leurs ravages est d’autant plus frappante qu’elle anticipe les effets du bombardement d’Hiroshima. La « modernité » de tous ces éléments apparaît sombrement visionnaire.

La troisième et dernière partie relate le sort des survivants, réduits à une minuscule communauté vouée au culte de la nature renaissante, avec l’espoir de voir aussi renaître l’humanité.

Que conclure de l’œuvre hargneuse et rigoureuse du Magnysois, comme une pluie de cailloux lancés avec force sur ses contemporains ? On en restera provisoirement aux derniers vers de sa mélancolique complainte « Tour de Babel » :

Rien n’en reste, sinon des pierres dispersées,
Que le Temps, chaque jour, s’acharne à démolir;
Des sculptures : mes vers; un peu d’or : mes pensées.
Avec le miel empoisonné du souvenir.

Bibliographie: Parmi ses recueils de poèmes, L’Ame géométrique (1906), Petits Poèmes électriques et scientifiques (1924), La Splendeur douloureuse, L’Essor éternel.
Ses romans les plus populaires : Le Grand Cataclysme, 1922, réédité en 1929, Le Bagne sans sommeil, Le Moulin de Blanval, l’Homme truqué, Miriakris, amie d’enfance de Jésus (1927), en collaboration avec Paul Féval fils, Les étoiles mortes (1928), Les rayons ensorcelés (1935), Ciel contre Terre (1924),
réédité à Bruxelles en 1998.
De nombreux romans pour la jeunesse, comme Le Secret de Nicolas Flamel, Collection L’Adolescence catholique.
Une pièce de théâtre en un acte et en vers, Les Ailes de l’âme, 1910.
(Source principale : Amicale des amateurs de Nids à Poussière, https://adanap.redux.online/henri-allorge-le-grand-cataclysme-larousse-1929/)

Informations complémentaires : 

Parmi ses recueils de poèmes, L’Ame géométrique (1906), Petits Poèmes électriques et scientifiques (1924), La Splendeur douloureuse, L’Essor éternel. Ses romans les plus populaires : Le Grand Cataclysme, 1922, réédité en 1929, Le Bagne sans sommeil, Le Moulin de Blanval, l’Homme truqué, Miriakris, amie d’enfance de Jésus (1927), en collaboration avec Paul Féval fils,  Les étoiles mortes (1928), Les rayons ensorcelés (1935), Ciel contre Terre (1924), réédité à Bruxelles en 1998. De nombreux romans pour la jeunesse, comme Le Secret de Nicolas Flamel, Collection L’Adolescence catholique. Une pièce de théâtre en un acte et en vers, Les Ailes de l’âme, 1910. L’Ame géométrique (poésies), 1906, préface par Camille Flammarion / Paris, Plon-Nourrit, 1906. Les Ailes de l’Ame (un acte en vers Paris, Société Moderne d’édition, 1910. Le Grand Cataclysme, Roman du 100e siècle / Paris : Crès, 1922, Larousse 1929. Petits poèmes électriques et scientifiques / Paris : Perrin , 1924. Ciel contre terre, (roman pour la jeunesse) illustrations de Edouard Zier / Paris : Librairie Hachette , 1924 ; réed. Bruxelles : Editions « Recto-Verso », impr. 1998. Le Bagne sans sommeil (roman) / Paris s.d. Le Moulin de Blanval (roman) / Paris s.d. L’Homme truqué (roman) Paris s.d. l (roman pour la jeunesse) Collection L’adolescence catholique. Ce pauvre M. Doine  Paris : Maison de la Bonne Presse , 1926. Les débuts de deux inventions  illustrations de M. Toussaint / Paris : Larousse , 1932. Les rayons ensorcelés (roman),  illustrations de Maurice Toussaint / Paris : Fernand Nathan , 1935. La Splendeur douloureuse (poésies) / Paris : Plon-Nourrit et Cie , [19..] L’Essor éternel (poésies)  / Paris : Plon , [19..] Miriakris, amie d’enfance de Jésus / Paul Féval fils et Henri Allorge / Paris : Baudinière , [1927] Les étoiles mortes / Paris : Maison de la bonne presse , impr. 1928. Ciel contre terre  ; illustrations de Edouard Zier / Bruxelles : Editions « Recto-Verso » , impr. 1998.

147560152 : Solférino [Texte imprimé] : poésie dite par Melle Madeleine Roch, de la Comédie Française à la fête du cinquantenaire de Solférino à la Sorbonne, le 27 juin 1909 / Henri Allorge / Paris : Plon-Nourrit , s. d.
Mort(e) : 1938

Biographie :

Henri Allorge était un poète doublé d’un auteur de science-fiction, notoirement spécialisé dans le roman conjectural, la science-fiction, le récit hypothétique et le voyage chimérique.
Il prépare Polytechnique, puis se lance dans des études de lettres mais rate l’agrégation. Il devient journaliste, publie dans la Revue des poètes avec ses amis, dont Achille Paysant. Il est employé au ministère de la guerre quand il fait paraître son premier recueil de poèmes en 1901. L’Essor éternel (1909) est couronné par l’Académie française. Poète reconnu, il a sa notice dans Poètes d’hier et d’aujourd’hui de Gérard Walch en 1916. Il collabore aussi bien à la Revue idéaliste qu’au Magasin pittoresque ou au Figaro illustré. Secrétaire de rédaction de la Renaissance contemporaine, il est dit fonder une revue nommée La Vie, qui n’est pas La Vie catholique fondée par Francisque Gay.
Mais surtout, il est l’auteur d’un « curieux opuscule», L’Âme géométrique (1906), préfacé par Camille Flammarion, où il « chante la signification pittoresque et symbolique que peuvent offrir les différentes figures géométriques ».

Illustration, Portrait d’Henri Allorge :

SD, 10×13,5cm (15x20cm). Photographie ancienne originale. Henri Allorge (1878 Magny-en-Vexin -1938) poète et homme de lettre dont les poèmes sont moins connus que ses romans de science-fiction, genre auquel il se consacrera à partir des années 1920. Belle dédicace autographe au fondateur de La Revue des poètes (1898-1939), Ernest Prévost «  »A Ernest Prévost, amicalement en souvenir des années de lutte vaillante pour la poésie » ».

‎ Bien qu’il fût notoirement spécialisé dans le roman conjectural, la science-fiction, le récit hypothétique et le voyage chimérique, l’exact contemporain de Théo Varlet (1878-1938) et son concurrent en ces matières, Henri Allorge (1878-1938), par ailleurs  critique et fonctionnaire du ministère de la Guerre, n’a jamais été salué pour son optimisme.
Témoignent ses premiers recueils de vers passés au brou de mélancolie, à la manière de Léon Dierx. On pourra lire à son sujet quelques mots dans le Matricule des Anges de septembre.

La tour de Babel
Si les fils de Noé dressèrent dans l’espace
Un monument d’orgueil, qui défiait le ciel,
Lorsque mon jeune sang bouillait encor d’audace,
J’ai construit dans mon coeur une tour de Babel.

Henri Allorge’s The Great Cataclysm (1927) takes place in the Age of Science in the year 9978 when Earth has cooled down and a population of scientists and artists live in a handful of great cities scattered across the globe. They spend their time studying the ruins of the great cities of the past and are served by a population of advanced apes. But the stability of this utopia is threatened when all their electricity suddenly vanishes… « The Great Cataclysm might well owe the fact that it won a literary award to the stridency of its pacifism, but the more interesting aspect of its moralistic argument is probably its ardent condemnation of waste in the exploitation of natural resources. » Brian Stableford.

Bibliographie. — Poésie : Poèmes de la Solitude (Éditions de la Revue des Poètes, Plon-Nourrit, Paris, 1901) ; — Quatre Rondels Louis XV, plaquette in-4° avec illustrations de M. Edmond Rocher, tirée à petit nombre (1905 ; hors commerce) ; — L’Ame Géométrique, poésies, avec une lettre-préface de M. Camille Flammarion (Plon-Nourrit, Paris, 1906) ; — Le Clavier des Harmonies, transpositions poétiques d’impressious musicales (Plon-Nourrit, Paris, 1907) ; — Mélodies [La Chanson du Chevrier, Berceuse Marine, La Machine à coudre), musique de M. Prudent Pruvost (B. Roudanez, Paris) ; — Comme au temps joli des Marquises (Plon-Nourrit, Paris, 1908) ; — Solfèrino, poésie dite par Mlle Madeleine Roch à la fête du Cinquantenaire de Solfèrino, à la Sorbonne, le 27 juin 1909 (Plon-Nourrit, Paris, 1909) ; — L’Essor Éternel, poésies, ouvrage couronné par l’Académie française [prix Davaine] (Plon-Nourrit, Paris, 1909) ; — La Splendeur douloureuse, poésies, ouvrage couronné par l’Académie française (Plon-Nourrit, Paris, 1912-1913). — Théâtre : Les Ailes de l’Ame, un acte en vers (Société Moderne d’édition, Paris, 1910). — Prose : Le Général Ordonneau [1170-1855], étude historique d’après des documents inédits, en collaboration avec M. Albert Terrade, avec illustrations et plans (Emile Paul, Paris, 1904) ; — L’Œuvre du Père, roman {Écho de Paris) ; — Le Mal de la Gloire, roman (Sansot, Paris, 1913).

  1. Henri Allorge a collaboré à la Revue Idéaliste, à la Revue des Poètes, au Magasin Pittoresque, au Penseur, au Rappel, au XIXe Siècle, au Figaro Illustré, à la Revue Maurice, à la Revue Verte, à Messidor, à Simple Revue, à la Renaissance Contemporaine, au Soleil du Dimanche, au Supplément du Petit Journal, à la Nouvelle Revue, etc. Il est secrétaire de la rédaction de la Renaissance Contemporaine Né à Magny-en-Vexin (Seine-et-Oise) le 20 mars 1878, M. Henri Allorge fit de brillantes études au lycée Hoche, à Versailles. Après avoir préparé l’École Polytechnique, à laquelle semblaient le destiner des succès remportés au concours général, dans les mathématiques, il passa sa licence es lettres, s’égara quelque temps dans le journalisme et entra finalement dans l’administration. Il a publié plusieurs volumes de vers dont deux, L’Essor Éternel et La Splendeur douloureuse, furent couronnes par des prix.

098458094 : Le Grand Cataclysme [Texte imprimé] : Roman du 100e siècle / [Henri Allorge] / Paris : Crès , 1922

098458108 : Petits poèmes électriques et scientifiques [Texte imprimé] / [Henri Allorge] / Paris : Perrin , 1924

137375522 : Ciel contre terre [Texte imprimé] / par Henri Allorge ; illustrations de Edouard Zier / Paris : Librairie Hachette , 1924

13845289X : Ce pauvre M. Doine [Texte imprimé] / Henri Allorge / Paris : Maison de la Bonne Presse , 1926

144877759 : Le grand cataclysme [Texte imprimé] : roman du centième siècle / Henri Allorge / Paris : Larousse , 1929

146392280 : Les débuts de deux inventions [Texte imprimé] / par Henri Allorge ; illustrations de M. Toussaint / Paris : Larousse , 1932

137817460 : Les rayons ensorcelés [Texte imprimé] / H. Allorge ; illustrations de Maurice Toussaint / Paris : Fernand Nathan , 1935

098318578 : La Splendeur douloureuse [Texte imprimé] / [Henri Allorge] / Paris : Plon-Nourrit et Cie , [19..]

098458132 : L’Essor éternel (poésies) [Texte imprimé] / [Henri Allorge] / Paris : Plon , [19..]

045238464 : Miriakris, amie d’enfance de Jésus / Paul Féval fils et Henri Allorge / Paris : Baudinière , [1927]

142909750 : Les étoiles mortes [Texte imprimé] / Henri Allorge / Paris : Maison de la bonne presse , impr. 1928

156944588 : Ciel contre terre [Texte imprimé] / par Henri Allorge ; illustrations de Edouard Zier / Bruxelles : Editions « Recto-Verso » , impr. 1998

147560152 : Solférino [Texte imprimé] : poésie dite par Melle Madeleine Roch, de la Comédie Française à la fête du cinquantenaire de Solférino à la Sorbonne, le 27 juin 1909 / Henri Allorge / Paris : Plon-Nourrit , s. d.

 

 

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