le martyre de saint Cyr, bas relief en bois

A Saint-Cyr-en Arthies, le souvenir de saint Cyr, et de sa mère reste bien vivant, il est fêté le 16 juin.

 I l’enfant résistant

 

La légende de saint-Cyr et sainte Julitte, martyrs, est bien oubliée, mais elle a donné lieu un culte vigoureux et répandu dans toute la France, particulièrement en région parisienne.

Ci-dessous, vitrail du XIX° siècle restauré, église de Saint-Cyr-en-Arthies, 95510.

Saint Cyr, âgé de trois ans, défendit bec et ongles sa mère, sainte Julitte, qui refusait d’abjurer le christianisme, vers l’an 320, à l’époque des persécutions de Dioclétien. Le juge qui aurait voulu éviter la condamnation à mort de l’enfant n’en revenait pas, qu’un tout petit s’obstine à le griffer et à le mordre en s’écriant « moi aussi, je suis chrétien ! ». Jacques de Voragine, auteur de la Légende dorée, vers 1250, nous explique ce miracle : c’est l’Esprit Saint qui s’exprimait en cet enfant ! Le juge jeta l’enfant par terre, sa cervelle éclata, son sang aspergea tout le tribunal. Puis sainte Julitte fut torturée et  mise à mort, tandis qu’elle chantait les louanges de Dieu. Depuis lors, comme nous l’a expliqué le père Hervé lors de la messe du 14 juin 2008, le vaillant bébé est vénéré chaque fois que l’Eglise renaît après une période sombre. Voilà pourquoi il y a en France une cinquantaine de sanctuaires, villes et villages qui portent  le nom de notre tout petit saint, comme notre tout petit village. Le nom « Cyr » vient du grec ancien « Kurios », qui signifie maître, seigneur, celui-là même que nous invoquons en chantant le Kyrie (Kyrie Eleison, « Seigneur, prends pitié de nous »). Nous célébrons chaque année la fête de saint Cyr martyr, le 16 juin.

Ci-contre, un bas-reliefs ancien représentant le martyre de saint Cyr le martyre de saint Cyr, bas relief en boisà Saint-Cyr-en-Arthies.

 

 

II L’enfant rayonnant

 

Comment s’est perpétué le souvenir de notre très petit saint patron ? Tout d’abord dans les églises d’Orient, parce que sa mère sainte Julitte était une dame très fortunée de la ville d’Icône (province de Cilicie, actuelle Turquie)[1]. Puis l’histoire héroïque de la mère et de l’enfant résistants fut connue et célébrée à Tarse, ville d’où saint Paul était originaire. Au VI° siècle, Théodore, évêque d’Icône, rédige le récit de leur martyre.[2]

En France, c’est saint Amâtre ou Amateur, évêque d’Auxerre qui avait rapporté d’Antioche les corps de l’enfant et de sa mère en France  (avant 418) et fait connaître son histoire. Saint Cyr est ensuite honoré dans la cathédrale de Nevers[3].

 

III L’enfant nu protecteur

 

Le miracle de saint Cyr à Nevers : Charlemagne (742-814) avait rêvé qu’un enfant nu le sauvait de l’attaque dune horde de sangliers[4]. En échange de la promesse de vêtements, l’enfant dompta le plus grand sanglier et le chevaucha, délivrant Charlemagne de cette mauvaise passe. Jérôme, alors évêque de Nevers, fournit au roi l’interprétation de son rêve : l’enfant incarnait le jeune martyr saint Cyr, patron de la cathédrale de Nevers, et le vêtement offert signifiait la volonté de l’enfant d’avoir une nouvelle église. Charlemagne s’exécuta et fit plusieurs dons fonciers à l’église de Nevers. Au Xème siècle, les miracles se multiplièrent autour de Nevers…Après le Xe siècle, les marques de vénération aux reliques de saint Cyr sont moins connues. Elles sont à nouveau signalées au XVe siècle lorsque le chef (ce qui restait de la tête) du saint fut porté à travers la ville de Nevers lors de processions extraordinaires liées à des vœux collectifs.

 

IV L’enfant un et multiple

 

Les lieux du culte de saint Cyr : le culte de saint Cyr est attesté depuis 761. Outre les 32 agglomérations françaises portant actuellement le nom de Saint-Cyr[5], d’après le Code postal, la vénération pour l’enfant  résistant et/ou  l’enfant nu protecteur est attestée dans de nombreux sanctuaires.

Les reliques furent amenées en deux fois. La première depuis l’abbaye St-Savin-sur-Gartempe où plusieurs communautés religieuses placèrent leur trésor à l’abri des invasions. Un évêque de Nevers, peut-être Heriman (c. 841-c. 858) aurait obtenu une portion de saint Cyr. La seconde eut lieu sous le règne du roi Raoul (923-36), quand les corps de saint Cyr et de sa mère saint Julitte furent amenés depuis l’église Saint-Amâtre d’Auxerre.

Ainsi des reliques de saint Cyr sont conservées dans les cathédrales d’Auxerre, de Nevers, mais aussi dans les paroisses du Nivernais La Nocle, Nolay, Saint Benin d’Azy, Donzy, Arbourse, Saint-Aignan de Cosne, Chevannes (Brinon sur Beuvron), et au-delà : Issoudun, Saint-Cyr de Berchères (Chartres), Saint Cyrgues (diocèse de Clermont), Saint-Sernin (Toulouse), Villejuif (près de Paris[6]), Sancerges (Bourges), Saint Amand (Hainaut), et au couvent des Mathurins d’Arles.

 

Le  sanglier était l’emblème sacré des Gaulois, comme en témoigne la mosaïque gallo-romaine ci-dessous. L’enfant ou un paysan chevauchant un sanglier y figure déjà, avec un rameau, comme une allégorie de la paix amenée par la colonisation romaine?

 

C’est pour cela que saint Cyr est généralement représenté aux côtés d’un sanglier. 

Au dessus de l’abside romande de la cathédrale de Nevers, se trouve une frise décorée de ce sanglier. Et, dans un village de la Nièvre, Saint-Saulge, un vitrail de l’église raconte aussi, en images, le songe de l’empereur Charlemagne.

Notes :

[1] Chez les chrétiens orthodoxes, il est fêté le 15 juillet.

[2] En arabe, le nom de saint Cyr devient « Aboukir », mais le nom de cette ville se réfère à un autre saint Cyr, originaire d’Alexandrie.

[5] Il faut y ajouter La- Ferté-Saint-Cyr. Jean-Michel Drugeon, de Nevers, signale aussi les variantes Cirq et Quiricu en Corse

[6] Le nom actuel de Villejuif ne serait, d’après plusieurs auteurs,  qu’une corruption de Ville-Julitte ou Villa-Julittœ.

Plus d’informations sur l’église de Saint-Cyr-en Arthies,

ouverture du livre La roche-Guyon et le pays d'Arthies, une histoire spirituelle

l’histoire du village et des 13 autres villages de l’Arthies, dans La Roche-Guyon et le pays d’Arthies, une histoire spirituelle, par le Collectif Ame, éd. Alfabarre, Paris 2011, 283 p.

Quatrième de couverture

 

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