Le Duo Bruder en concert à Saint-Cyr-en-Arthies
Le 22 août 2025, le Duo Bruder de Munich a offert un concert exceptionnel (piano et violoncelle) aux hôtes du château de la Bûcherie. 
Le thème général était le romantisme. 
Georg Bruder nous a présenté leur choix de « lieder » : la chanson constitue le cœur de la musique, dans la mesure où c’est l’expression populaire la plus universelle, immémoriale et créatrice d’unanimité ; c’est la matrice de la musique savante, et, sous toutes ses formes, elle incarne le sentiment de la communauté des âmes, et elle est un réconfort.
L’âge romantique a beaucoup développé les tonalités nostalgiques et la mélancolie. La beauté du Parc de la Bûcherie, les grands horizons doucement vallonnés du Vexin, le raffinement des salons de La Bûcherie, tout cela constitue un « cadre idéal pour traduire visuellement nos interprétations des trésors de musique sentimentale, avec nos transcriptions pour violoncelle accentuant les impressions d’intimité partagée, de partitions originales écrites pour voix de ténor. » (Georg Bruder)

- Schumann
Voici d’abord Schumann, qui composait ses lieder pour la femme de sa vie, son épouse Clara. On y ressent sa conviction que l’écoute de l’autre est ce qui nous fait nous élever au-dessus de nous-mêmes. Dans Sanger Trost, on invoque, au point de l’éprouver, en quelque sorte, la mémoire de la nature, sa capacité à se souvenir. Le poème de Heine Du bist wei eine Blume souligne la nécessité de l’amour, manifestation incandescente de l’harmonie du monde naturel. Mondnacht est l’épitomé de l’Allemagne, nous nous reconnaissons dans cette expansion de la compréhension spirituelle.
Friedrich Rucket : Widmung
Toi mon âme, toi mon cœur,
toi mon bonheur, ô toi ma douleur,
toi le monde dans lequel je vis ;
toi mon paradis, dans lequel je flotte,
ô toi ma tombe, dans laquelle
je jette éternellement mon chagrin.
Tu es le repos, tu es la paix,
tu m’es donné par le ciel.
Que tu m’aimes me donne ma valeur ;
ton regard me transfigure ;
tu m’élèves avec amour au-dessus de moi-même,
mon bon esprit, mon moi meilleur !
Heinrich Heine : Du bist wie eine Blume
Tu es comme une fleur
Si belle, si douce, si pure
Je te regarde, et la mélancolie
S’insinue dans mon cœur.
J’ai l’impression que je devrais poser mes mains
Sur ta tête,
En priant Dieu de te garder
Si belle, si douce, si pure.
Justinus Kerner : Sanger Trost
La consolation du chanteur
Même si aucune bien-aimée
Ne verse de larmes sur ma tombe,
Les fleurs y déposeront
Une douce rosée ;
Même si aucun voyageur
Ne s’y attarde en passant,
La lune y jettera un regard
Au cours de son voyage.
Bientôt, personne ne pensera plus à moi dans ces champs
Ni à ma terre natale
Mais que la prairie
Et le bosquet silencieux se souviennent de moi.
Fleurs, bosquet et prairie,
Étoile et clair de lune,
Que j’ai chantés, n’ont pas oublié
leur chantre.
Joseph von Eichendorff : Mondnach
C’était comme si1 le ciel,
avait embrassé silencieusement la terre,
pour qu’elle rêve [désormais]2 de lui dans la lueur des fleurs.
L’air soufflait à travers les champs,
Les épis ondulaient doucement,
Les forêts murmuraient doucement,
Telle était la nuit étoilée.
Et mon âme déployait
Largement ses ailes,
Volait [à travers]3 les [terres] silencieuses4,
Comme si elle volait vers sa demeure.
- Schubert
Schubert mourut à 28 ans en laissant une œuvre aboutie, contre toute attente, il avait un ami, Franz Schober, qui lui écrivait des textes. Dans And die Musik, il exprime une émotion complémentaire des précédentes, la gratitude envers la musique, qui nous ouvre les horizons d’une réalité plus haute et plus profonde à la fois, faite d’ordre et de créativité entièrement bonne.
Schober, Franz von : An die Musik
Ô art charmant, combien d’heures sombres,
Où le cercle sauvage de la vie m’entourait,
Tu as enflammé mon cœur d’un amour ardent,
Tu m’as transporté dans un monde meilleur !
Souvent, un soupir échappé de ta harpe,
Un accord doux et sacré de toi
M’a ouvert le ciel des temps meilleurs,
Ô art charmant, je t’en remercie !
3. Rachmaninov exprime une nostalgie déchirante de sa Russie natale, lorsqu’il écrit les pièces suivantes depuis son exil aux Etats-Unis. En effet, son père était joueur, et il avait dilapidé la fortune familiale, abandonnant ses enfants, qui furent recueillis par la grand-mère, à la campagne. Pour l’enfant, ce fut la découverte du bonheur : monter à cheval, jouer avec les enfants du cru, accompagner sa grand-mère à la messe, ramasser les champignons….
4. Gabriel Fauré fit de nombreux séjours à Vétheuil, comme tant d’artistes et d’écrivains français, se logeant dans la belle résidence dite du Talus, en bordure de Seine, et puisant leur inspiration dans les paysages du Vexin. Il avait une âme de peintre, et il s’inspira d’une création baroque intitulée Sicilienne, quoique ne correspondant en rien au répertoire authentique du folklore sicilien. Dans son Siciliano, Fauré parvient à donner vie à de supposés accents typiques de l’île, avec un sens étonnant de l’illusion naturaliste.
5. Saint-Saëns avec son célèbre Cygne nous transmet une véritable expérience du Paradis. On remarquera ce que la partition doit aux Préludes de Bach.
6. Franz Lizst, auteur de Un Sospiro, met en musique un soupir de soulagement, et nous fait percevoir le ciel, dans toute sa profondeur, son immensité et sa hauteur ,comme un miroir de l’âme humaine.
7. Astor Piazzola, qui aimait l’Ile de France, sait donner des accents de chanson populaire a son hommage à la sainte Vierge. C’est la Douce France qui l’inspire, avec toute la tendresse de sa dévotion mariale, entre Notre-Dame de Paris et celle de Chartres, sans oublier Notre-Dame de Grâce, tout près d’ici, à Vétheuil.
