Ils sont tous fêtés le 1er novembre, pour la Toussaint… et une deuxième fois, pour faire bonne mesure, le 1er avril, et aussi pour nous distraire un peu tous les jours que Dieu fait. Leur devise :
« Un saint triste est un triste saint »
Qui dit mieux?
En tout cas, voici ce qu’on peut en dire, de ces saints peu recommandables, et qui pourtant nous quittent rarement, fleurissant notre verve à tout bout de champ :
A la Saint-Glinglin, si Dieu le veut…
L’Eglise ne reconnaît aucun mérite à ce fieffé menteur qui ne tient jamais ses promesses. Mais, n’empêche, si quelqu’un vous a promis quelque chose pour la Saint Glinglin, faites valoir vos droits ! La jurisprudence fait état, disent les juristes, de ce cas : un débiteur se serait engagé à rembourser un créancier crédule le jour de la Saint-Glinglin. Mais celui-ci, ne voyant rien venir, aurait fini par porter l’affaire devant la justice. Et voici le jugement prononcé : 
« Attendu que la Saint-Glinglin ne figure pas dans le calendrier, mais qu’il existe à la date du 1er novembre une fête collective de tous les saints qui n’ont pu y trouver place ;
attendu, en conséquence, qu’il y a lieu de fixer au 1er novembre la date de la Saint-Glinglin ; par ces motifs, contradictoirement et en dernier ressort, le tribunal condamne le débiteur à payer la somme réclamée avant le 1er novembre.»
Mais ce n’est pas si simple, deux villes en Belgique et Châlons en Champagne fêtent la Saint-Glinglin, à des dates différentes. Depuis quand ? Raymond Queneau a consacré un roman à ce vaste sujet, en 1948, mais le mystère reste entier. Sainte Nitouche a quand même bien fait avancer la recherche, et en a touché un mot à Nominis, l’annuaire catholique des prénoms, qui nous fait découvrir la légende du saint patron des gens en retard :
« Au moment de sa naissance, il fit attendre sa mère pendant 18 mois. Après un tel miracle, il entra très jeune dans les Ordres. Il y fut chargé de sonner les cloches du couvent, d’où son surnom: « Grelin, grelin ou Glin, glin. » Un jour, il oublia de réveiller la communauté. Le Père Supérieur le renvoya et il partit dans la solitude du désert, où les heures ne se comptent pas. Il accueillit autour de lui tous ceux qui, comme lui, n’arrivaient pas à être à l’heure. »
Mais il mourut à son heure, un 1er avril !
La ballade du saint Frusquin[1]
- N’y touche surtout pas, dit ma grand-mère, c’est le fruit défendu.
- Jusqu’à la saint glin-glin,
promis-je effrontément. - Tu mens, petite, comme un arracheur de dents, Ajouta-t-elle en faisant les gros yeux.
- Si c’est donc interdit, pourquoi donc Le bon Dieu l’a mis, ce fruit exquis, Sur mon chemin ?
- Pour te mettre à l’épreuve, Toi qui aimes être libre.
- (Il ne faut pas tenter le diable, Dit mon ange gardien).
Sur ce, vexée de sa remarque intempestive, Je lui tourne le dos, Je jette mes principes par-dessus les moulins, Et tout le saint Frusquin avec. 
- Tant pis, dit ma grand-mère, Tu iras en enfer.
Le froc aux orties, Et la conscience aussi, Nitouche s’en va, avec ses talons hauts et sa bouche pincée. Son âme est toute nue, Mais elle se croit parée, Comme une sainte peinte De neuves nippes dorées.
Soudain elle se retourne : « Je suis au fond du trou, Couverte de gadoue ! Au secours, Dieu qui sauves ! Toi qui es le chemin, la vérité et la vie ! J’ai cloché du pied gauche, sur mes talons perchée ! »
Alors le regret souriant, Les anges et les aïeux, m’ont tendu la main, et parmi eux j’ai reconnu…
e saint Frusquin bêtement bazardé … par chacune et chacun, ingrats, étourdis, bêtas.
Par Nitouche de Saint-Glin-Glin
(à la lecture de Moi, Bob,
curé de Saint Frusquin, par Gérard Authier, Paris, 2022.)
1 « Et tout le saint frusquin », expression populaire faisant allusion aux « frusques », les habits dont on a hâte de se débarrasser, car on les trouve lourds et dépassés.
[1] Le saint-frusquin est une expression qui signifie : tout ce qu’on possède, tous ses biens. Comme la sainte nitouche ou la Saint-Glinglin, Saint-Frusquin est un saint imaginaire. « Frusquin » est un ancien mot d’argot, d’origine inconnue, qui désignait les vêtements ou une pièce de monnaie. On le relève dès le XVII siècle.
