Le bestiaire sacré dans notre région: pour fêter tous nos animaux sacrés, on peut choisir le 4 octobre, fête de saint François d’Assise, réputé comprendre et parler la langue des bêtes.
Matthieu 6:26,
« Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans des greniers ;
et votre Père céleste les nourrit.
Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux? »
On oublie toujours la catégorie des animaux domestiques, ou civilisés, avec ses propres modalités. commençons par rendre hommage à ceux qui ont eu la générosité de réchauffer le petit Jésus dans l’étable, le 25 décembre:
Le bœuf et l’âne sont des personnages dont nul ne songerait à priver nos crèches de Noël. Ils ont peut-être été introduits par saint François d’Assise, l’introducteur en Europe chrétienne du thème de la sainte Famille, très développé depuis des temps reculés sous d’autres cieux, en particulier dans l’Egypte ancienne. Une tradition souterraine, qui mérite d’être réhabilitée, nous explique la transcendance de la présence des deux animaux emblématiques de l’humiliation des bêtes par les hommes, qui en font des « bêtes de somme », et de la dignité des mêmes bêtes, acceptant le bât et le fardeau, et leur rôle de tracteurs indispensables :
« Pourquoi sont-ils toujours représentés si près de l’Enfant Dieu? Parce qu’ils l’ont reconnu, eux, le Messie. »
Si l’on veut bien tenir compte de cette réflexion, on ne peut que développer l’allégorie : c’est dans la mesure même de notre humilité que nous sommes aptes à reconnaître le Messie. Les Pharisiens, les imbus de leur science, de leur statut et de leur pouvoir, en ont été incapables du temps de Jésus : saint Mathieu, saint Marc, saint Pierre et saint Paul ont accablé « les juifs » de leur temps pour cela…
Passons aux animaux libres, symboles aussi de notre liberté, ce à quoi nous aspirons, et que nous pouvons cultiver, même lorsqu’on nous traite plus bas que terre.
En été plus que jamais, tous rendent grâce pour les chants d’oiseaux, nous nous sentons aussi légers qu’eux, et nous nous souvenons qu’ils sont, dans toutes les traditions religieuses, une image naturelle de la liberté, cette liberté qui est le privilège de notre âme éternelle.
- La colombe est la représentation traditionnelle de l’Esprit saint. Elle est l’emblème de l’Association pour l’église de Saint-Cyr-en-Arthies (voir L’Écho des Vallées n° 108)*** et figure en bonne place sur le vitrail contemporain consacré à saint Jean, dans l’église de ce nom.
- Dans l’église de Magny,
on a une Vierge à l’enfant, de 1521, avec un oiseau en mouvement pour venir picorer en confiance dans la main de l’enfant Jésus, peut-être une colombe ; ce groupe mystérieux provient de l’ancien couvent des Ursulines.
(Église de Magny-en-Vexin)
- Le coq orne tous les clochers
de France, en souvenir de celui qui donna, en chantant par trois fois, un avertissement à la mauvaise conscience de saint Pierre (et à la nôtre !), avant d’être transposé – dans un sens inversé – dans la culture républicaine, comme symbole de la fierté nationale (voir L’Écho des Vallées n°125). Ci-dessus, un coq de Magny en Vexin. - Deux oiseaux non identifiés se disputent un épi, sur un chapiteau roman, dans l’église du Bellay-en-Vexin.
- Le chardonneret
est l’oiseau annonçant le martyre du Christ, parce qu’il se nourrit d’épines d’acacia, celles-là mêmes qui servirent à tresser la couronne d’épines. C’est le sens de l’oiseau avec lequel joue l’enfant Jésus dans les bras de la Sainte Vierge à Genainville.
(Église de Genainville)
- Le corbeau est présent à Magny,
aux pieds de saint Exposit (saint très vénéré à La Réunion) Voici sa légende, selon wikipedia : « Expédit était sur le point de se convertir au christianisme, quand le diable, prenant la forme d’un corbeau, arriva en criant : « Cras ! Cras ! Cras !» (« Cras », en latin, signifie « demain »). Ne voulant pas retarder sa conversion, Expédit l’écrasa en criant à son tour : « Hodie ! Hodie ! Hodie ! » (« aujourd’hui ! »). C’est donc, comme dans le folklore, un oiseau de malheur. Rappelons que le corbeau est le premier oiseau lâché par Noé après le déluge, mais qui ne trouva pas de terre émergée, au bout de 220 jours : « l’oiseau alla et revint en attendant que les eaux aient séché sur la terre » (Gen. 8.1) Les Pères de l’Église comme les Hébreux le détestaient parce que dans ses escapades, il est réputé être allé se nourrir de cadavres…
(Église de Magny-en-Vexin)
- Le pélican est une alllégorie du Christ et de l’Eucharistie, parce qu’il nourrit ses petits avec sa propre chair. Ici, broderie sur une chasuble de Magny.

- Le chien de saint Roch, que nous fêtons le 16 aout, est présent à Magny, à Omerville, à Saint-Clair-sur-Epte, à La-Roche-Guyon, à Chaussy
et ailleurs (voir L’Écho des Vallées n° 122). Il veillait sur son maître et semble veiller sur nous aussi… Mais la Genèse annonce que c’est l’homme qui sera le maître de tous les animaux de la création.
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Le poisson est en soi une allégorie du Christ, par la grâce d’un simple jeu de mots (du grec ancien ἰχθύς / ichthús, « poisson »), l’un des symboles majeurs qu’utilisaient les premiers chrétiens en signe de reconnaissance. Il représente le Sauveur. En grec IΧΘΥΣ, est un acronyme pour « Ἰησοῦς Χριστὸς Θεοῦ Υἱὸς Σωτήρ » / « Iêsoûs Khristòs Theoû Huiòs Sôtếr » soit « Jésus-Christ, Fils de Dieu, [notre] Sauveur ». On retrouve 5 poissons dans le récit de la multiplication des pains (Jean 1 -16), et 153 gros poissons dans le récit de la pêche miraculeuse (chiffre sacré pour les Hébreux, et prodigieux pour les mathématiciens du monde entier) selon saint Jean (Jean 21.1-25)

(Presbytère de Magny-en-Vexin, création de Bruno Michel)
- L’agneau est une autre figuration du Sauveur, ce pourquoi on le trouve toujours posé sur le livre que tient sur le bras saint Jean l’évangéliste. L’agneau de la Nativité par Louis de Boullogne le jeune (1683), au-dessus de l’a porte de la sacristie, à Magny, est poignant d’humanité, si l’on peut dire, parce qu’il annonce le sacrifice du Christ.
(Église de Magny-en-Vexin)
- L’agneau inspire
d’une façon très spéciale, parce qu’il incarne la confiance, parfois trahie quand son maître le sacrifie, mais aussi parfois naïveté et fantaisie. Ici, un adorable agneau , à Guiry.
- Comme la plupart des chaires, la chaire de l’église de Magny magnifie les 4 évangélistes et trois animaux : le lion (associé à saint Marc), l’aigle (qui correspond à saint Jean), le taureau symbole de saint Luc; l’ange quant à lui désigne saint Mathieu. Les 4 évangélistes constituent le tétramorphe, l’ensemble des quatre aspects de la parole divine ; cela provient d’une vision du prophète Ezéchiel, « Dans sa première vision prophétique, Ézéchiel voit « la forme de quatre vivants » (Ézéchiel 1, 5). Ces quatre créatures ailées lui apparaissent chacun avec un visage : d’homme, de lion, de taureau et d’aigle. Sans doute le prophète a-t-il été influencé par l’art assyrien puisqu’il vit à Babylone, comme 10 000 autres Israélites déportés par Nabuchodonosor en 587 avant Jésus-Christ. » Tous les quatre, munis d’ailes, sont évoqués comme les redoutables porteurs de l’Apocalypse, dans l’Evangile de saint Jean. Voir https://www.lavie.fr/christianisme/abc-de-la-foi/homme-aile-lion-taureau-aigle-connaissez-vous-les-symboles-des-quatre-evangelistes-100949.php .
- Quant au monde chtonique, serpents, monstres et autres dragons, nous avons le gentil dragon tenu en laisse par saint Romain, sur le vitrail
de l’église de Wy-dit-Joli-Village (voir L’Écho des Vallées n° 107) ; - Autre dragon : nous en avons un exemplaire spécialement érotique et diabolique : celui qu’enjambe sainte Marguerite, dans l’église de Vétheuil, qui a une gueule de félin et un derrière de cochon (voir L’Écho des Vallées n° 123, et https://art-chretien-vexin.fr/2025/08/10/une-visite-guidee-de-lglise-de-vetheuil-suite/).
Et voici les serpents qui ornent le portail de l’église de Brueil-en-Vexin :

ci-dessous, un Sphinx- lion et un Hippocampe ailé entourent un homme dieu, une réminiscence de l’art assyrien, un bas relief roman ? Arrivé comment, dans l’église de Meulan ?

- Le cheval est associé à saint Martin, comme on le voit sur un beau bas-relief à l’intérieur de l’église de Villers en Arthies.
(Église de Villers-en-Arthies)
Et nous pouvons l’imaginer en outre se cabrer sur la façade de l’église de Villers en Arthies par ricochet, si l’on peut dire, car on y voit plusieurs fers à cheval, l’un des insignes de saint Martin, le soldat romain converti qui du haut de son cheval, partagea son manteau avec un miséreux, et devint le patron des forgerons et des maréchaux-ferrants.
Le cochon de saint Antoine-le-grand est visible à Vétheuil. Il représente ses tentations, vaincues par l’ascèse.
Goûtons la grâce de toute la gent animale, sans cesser d’être exigeants envers nous-mêmes, car, comme le dit saint Mathieu « ne valons nous pas plus qu’eux ? »
Mais la présence des animaux a un sens théologique qui va bien plus loin : « Le rôle du bestiaire dans la lecture sacrée du monde, où les réalités invisibles se lisent à travers celle du monde visible, et où la vie psychique de l’âme humaine se reflète particulièrement dans le symbolisme du monde animal, est tristement tombé en désuétude en tant qu’outil d’herméneutique biblico-théologique de première importance (entre autres chez les Pères et les penseurs médiévaux). Indispensable néanmoins, au-delà du seul genre littéraire allégorique, pour proprement entrer et initier l’esprit à la fonction mystagogique de la Création sensible, miroir analogique par lequel les anges communiquent sans relâche avec nos intelligences incarnées. » (Sébastien Renault, philosophe français contemporain).
