Saint Abel est fêté le 5 août, le nom de famille Cohen (descendants d’Aaron, prêtres) pourrait venir de « Caïn ».
Caïn et Abel, c’est toi et moi, et toi c’est moi 
Comme tous les mythes, celui de Caïn et Abel, fils d’Adam et Eve, est d’une grande complexité. Au Moyen-âge et dans la culture populaire, jusqu’à aujourd’hui, Caïn c’est le méchant, et Abel la victime du fratricide. Mais dès qu’on se penche sur le récit biblique on découvre que Caïn peut être vu comme l’agriculteur sédentaire, ouvrant la voie à l’architecture, et représentant de multiples progrès par rapport à son frère le berger nomade. Dieu préfère Abel le doux, mais Caïn, c’est la révolte et le cri de celui qui par son génie fait évoluer la condition humaine. Et dans la littérature, Caïn est toujours privilégié car bien plus intéressant. De Victor Hugo à Baudelaire, par exemple, il ressemble plutôt à Prométhée, celui qui donna le feu aux hommes et fut injustement puni par Zeus, selon la mythologie grecque. Après le premier crime de l’humanité, et le premier fratricide, la Bible raconte une autre histoire de jalousie et d’injustice, celle de Jacob, le doux berger, préféré de son père, et d’Esaü, qui se fait passer pour son frère jumeau, par la ruse, pour obtenir la bénédiction du patriarche. Le côté souvent terrible des mythes sert à nous faire réfléchir sur nos propres sentiments ambigus envers nos proches. Evidemment, chacun se croit la victime innocente de l’autre, et le préféré de Dieu à juste titre; mais la jalousie et la colère, justifiée ou pas, sont aussi parmi les moteurs de nos actions. Le Coran donne une très belle solution à l’impasse morale représentée par Caïn, rongé à jamais par le remords, en donnant à l’histoire une suite: « Dieu envoya alors un corbeau qui s’employa à gratter le sol avec ses pattes, pour montrer entre autres à Caïn comment ensevelir le corps de son défunt frère sous terre. Voyant l’oiseau, Caïn comprit alors l’horrible acte dont il ventait d’être l’auteur. » Avec ou sans corbeau, essayons donc de donner des preuves de fraternité, même si c’est avec retard: nos morts restent pour toujours nos frères, à qui nous devons fidélité et/ou réparation.
- P.
