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Créateurs en Pays d’Arthies

Les créateurs en pays d’Arthies  Nous ne mentionnerons que ceux qui ont quitté l’existence en ce bas-monde et dont la silhouette, dans la distance, s’épure. En voici quelques uns, par ordre alphabétique, qui sont passés par chez nous, et y ont laissé leur souvenir. Il faut entendre créateur au sens large. Dans l’enfance, chacun est créateur, d’abord de la langue, innovante, hétérodoxe voire choquante, comme l’ont établi les lingüistes, mais vivante, et c’est dans leur âge enfantin que les habitants ont certainement fixé la toponymie dans ses aspects inattendus: ainsi la rue du « bout aux Moines », à Drocourt, ou celle des « Fraîches Femmes à Vétheuil ». Ensuite, l’usage de l’écriture permet une transmission plus précise de la réflexion sur la vie locale. Les artistes, poètes, peintres, sculpteurs et musiciens, ont popularisé nos régions, par l’attraction de l’esprit des lieux qu’ils y ont rencontré, et qui ressurgit en eux sous formes d’images qui s’imposent à la sensibilité des autres. Enfin internet finit de mutualiser les connaissances et les images qui retiennent l’attention, ce qui est une autre façon de potentialiser les forces créatrices.

Il serait artificiel de prétendre que le pays d’Arthies a inspiré les créateurs pour des choses très différentes de celles qu’ils ont puisées dans d’autres paysages. Pour les peintres impressionnistes, par exemple, qui ont tellement exalté nos bords de Seine, c’est Auvers qui était le pôle principal où ils se retrouvaient et élaboraient la vision qui est devenue maintenant naturelle. La vallée de l’Oise ne diffère guère de celle de la Seine, depuis Argenteuil jusqu’à Giverny. Mais on a toujours raison d’être fier que des personnalités aient trouvé chez nous une nourriture dont ils ont eu besoin, à un moment de leur vie. Comme dans un nimbe doré par l’admiration, le recul crée un  brouillard souriant qui les rend tous frères. Célébrons ce qui, dans leur passage par l’Arthies, a élevé le talent de chacun. Et merci d’avance à tous les lecteurs qui voudront bien envoyer leurs contributions, nouvelles notices ou corrections, à l’adresse suivante : yapoum@gmail.com

 

A

Famille Aulard

Dans la seconde partie du XIXe siècle, séjournait à Chaudray, dans une « haute maison » que contourne la route de Vétheuil, une famille d’universitaires, la famille Aulard. C’est chez eux qu’était accueilli Ernest Renan.

B

Nicolas Boileau (1636-1711) habita à Chantemesle; et comme tout un chacun, il eut envie d’écrire un hommage au paysage de Haute Isle

C’est un petit village ou plutôt un hameau vue de Haute-Isle depuis les tombes les plus basses

Bâti sur le penchant d’un long rang de collines

Dont l’œil s’égare au loin sur les plaines voisines.

La Seine, au pied des monts que son flot vient laver

Voit du sein de ses eaux vingt îles s’élever…

Le village au-dessus forme un amphithéâtre

L’habitant ne connaît ni la chaux ni le plâtre

Et dans le roc qui cède et se coupe aisément

Chacun sait de sa main creuser son logement

C’est là, cher Lamoignon, que mon esprit tranquille

met à profit les jours que la Parque me file…

Ici, dans un vallon bornant tous mes désirs,
J’achète à peu de frais de solides plaisirs :
Tantôt un livre en main, errant dans les prairies,
J’occupe ma raison d’utile rêveries ;
Tantôt cherchant la fin d’un vers que je construis
Je trouve au coin d’un bois le mot qui m’avait fui…

 

Il conclut, comme les Parisiens encore aujourd’hui:

O fortuné séjour ! ô champs aimés des cieux !
Que, pour jamais foulant vos prés délicieux,
Ne puis-je fixer ici ma course vagabonde
Et, connu de vous seuls, oublier tout le monde !

 

(Epître VI, à Lamoignon, 1677.)

 

Georges Braque (1882-1963): c ‘est en découvrant les paysages de Claude Monet qu’il tombe à son tour sous le charme des bords de Seine. Lors d’un voyage sur les bords de Seine, il réalise sa célèbre série de huit « La Roche-Guyon », en 1909.

C

Jean-Baptiste Carsillier (1705-1760) seigneur de Chaudry, avocat au Parlement, fut écrivain et poète. Sa famille avait une résidence à Mantes. Il fut connu pour ses Pièces de Vers, en latin, et en français: la plus connue est la Requête au Roi pour le Curé d’Antoin contre le curé de Fontenoi, 1745. « Sa poésie est faible », conclut le Nouveau dictionnaire historique de ou Histoire abrégée de tous les gens qui se sont fait un nom par des talens, des vertus, des  forfaits, des erreurs, depuis le commencement du monde jusqu’à nos jours, publié à Paris en 1804.

Les curés L’abbé Guibourges de Villers, en a été le chroniqueur.

D

Charles François D’Aubigny (1817-1878) est le peintre qui a attiré ses confrères sur les bords de l’Oise et de la Seine. Il leur écrivait: « Venez à Auvers, il y a des ciels fantastiques, une rivière aux reflets merveilleux, une lumière fantastique ». Beaucoup vont se laisser séduire, passant quelques jours, ou plus, auprès de Daubigny: Corot, Courbet, Guillaumin, Monet, Dupré, Millet, Diaz de la Peña… La lumière, les reflets de l’eau: il n’en faut pas plus pour préparer l’impressionnisme que Turner a préfiguré avec cette conviction: la nature peut être représentée par une impression intérieure. En 1870, on peut considérer que l’impressionnisme est né. (Denis Antoine, in L’Echo régional du Val d’Oise, guide 2010-2011). Jean-Baptiste Corot a pour sa part représenté avec toute sa tendresse le pont de Limay. C’est la génération suivante qui découvre les méandres de la Seine à partir de Vétheuil.

Michel du Bois, né à Villers, mérite une mention: réfugié à Genève en 1537, il y ouvrit une imprimerie où il édita les oeuvres de Calvin.

Albert Dubout (1905-1976), célèbre dessinateur et caricaturiste, avait une maison à Villers-en-Arthies.

Raoul Dufy (1909-1953) peignit un tableau de Vétheuil.

F

Romilly Fedden (1875-1939) est un peintre néo-impressionniste français, enterré au cimetière de Haute-Isle, où il a laissé avec sa femme Mary Fedden, peintre également, le témoignage de son adoration pour la région.

Paul Firmin-Didot de la célèbre dynastie des imprimeurs parisiens, acheta le château de Saint-Cyr en Arthies en 1852. Passionné de poésie, il publia sa propre traduction des poètes latins qu’il aimait. 

 

Georges Firmin-Didot, fils du précédent, fut maire de Saint-Cyr de 1888 à 1933, et fit dessiner le parc du château. C’est lui qui reprit la firme Sébastien-Bottin pour créer les célèbres annuaires téléphoniques.

César Franck Voir : https://art-chretien-vexin.fr/2025/12/09/la-trace-de-cesar-franck-a-vetheuil/

 Christophe Fratin (1801 – 1864) est un  sculpteur français a rencontré le succès dès 1830 Buste par Fratinet vendait alors fort bien ses oeuvres, bronze et terre cuite où les animaux sont majoritairement représentés. Il séjourna à Vétheuil de 1850 à 1854 (Voir son buste à l’église de Vétheuil, ci-contre).

 

La fresque qui orne la place de la mairie à Vétheuil met en scène un rendez-vous imaginaire, la terrasse d’un café qui serait le point de rencontre entre les peintres qui ont séjourné à Vétheuil. Les voici réunis à travers les générations, un verre à la main, vus par Alain Bruneaux..

César Franck (1822-1890) organiste et compositeur, habita le moulin de Vétheuil, aux abords de l’ancien château. Il composa beaucoup de musique sacrée, et attirait la sympathie par la sincérité qui se dégageait de sa personne. voir https://art-chretien-vexin.fr/2025/12/09/la-trace-de-cesar-franck-a-vetheuil/

John George Eugene Jolas (1894-1952), écrivaintraducteur et critique littéraire américain, était né le 26 octobre 1894, à Union City dans le New Jersey. Arrivé après la guerre de 14-18, il mène la grande vie à paris avec les artistes, puis cherche une maison de campagne à Chérence.

En 1927, il fonde avec sa femme Maria McDonald et Elliot Paul, le magazine littéraire Transition.

Maria était venue en France comme infirmière pendant la guerre 14-18. Corpulente et joviale.

Il est décédé à Paris le 26 mai 1952. « Accepter les Jolas, c’était ouvrir la porte à une invasion étrangère massive. Maria, l’épouse américaine de George E. Jolas contourna l’obstacle à sa façon: en se montrant prodigue » (in Bulletin des amis du Vexin, p. 49)

Sa fille aînée Betsy Jolas, née le 5 août 1926 est compositeur de musique, et professeur au Conservatoire de Paris.

 

 

 

Son autre fille Tina Jolas, née en 1929,  est une ethnologue de formation et une traductrice qui fut la compagne de René Char, pendant plus de trente ans.

Paul Jolas, le fils de Maria Mc Donald, fut le créateur de la revue Rencontres artistiques et littéraires, était professeur agrégé de lettres au lycée Saint-Exupéry de Mantes, et directeur de la bibliothèque municipale de Mantes-la-Jolie.

I

Les instituteurs: à la suite de Vasseur, ils n’ont pas cessé de recenser scrupuleusement toute l’information qu’ils pouvaient trouver sur leur territoire. Rappelons dans quelles conditions ils travaillaient: au début du XXème siècle, dans les villages, un seul bâtiment servait de mairie et d’école primaire. Côté rue: la mairie, côté cour, l’école, et au-dessus, le logement de l’instituteur, voire la salle des mariages et des conseils. Les garçons assuraient le service du bois pour le poêle, les filles le ménage. L’instituteur était le secrétaire de mairie. A Arthies, le bâtiment fut détruit en 1944. Les enfants ramassaient des châtaignes sur le chemin de l’école, et les décortiquaient sous le pupitre pour les croquer. Le maître s’en apercevait, bien sûr, et nous disait: « quand vous aurez fini de ruminer, vous redeviendrez des écoliers » (selon Camille Bultelle, Arthies).

L

Alphonse de Lamartine (1790-1869)  était toujours attendri par les paysages champêtres, qui lui paraissaient les miroirs de l’âme, sensibilité qui s’est généralisée de nos jours. Pour lui, la poésie est « l’incarnation de ce que l’homme a de plus intime dans le cœur et de plus divin dans la pensée ». Ayant séjourné à La Roche Guyon en 1819, il en tira cette « Méditation » qui décrit très précisément  l’élan dont chacun éprouve un jour la source dans sa région.. On notera l’allusion à un autel dans une grotte, qui pourrait bien être celle de Haute Isle:

La semaine Sainte à la Roche-Guyon

Ici viennent mourir les derniers bruits du monde
Nautoniers sans étoile, abordez ! c’est le port :
Ici l’âme se plonge en une paix profonde,
Et cette paix n’est pas la mort.

Ici jamais le ciel n’est orageux ni sombre ;
Un jour égal et pur y repose les yeux.
C’est ce vivant soleil, dont le soleil est l’ombre,
Qui le répand du haut des cieux.

Comme un homme éveillé longtemps avant l’aurore
Jeunes, nous avons fui dans cet heureux séjour,
Notre rêve est fini, le vôtre dure encore ;
Eveillez-vous ! voilà le jour.

Cœurs tendres, approchez ! Ici l’on aime encore ;
Mais l’amour, épuré, s’allume sur l’autel.
Tout ce qu’il a d’humain, à ce feu s’évapore ;
Tout ce qui reste est immortel !

La prière qui veille en ces saintes demeures
De l’astre matinal nous annonce le cours ;
Et, conduisant pour nous le char pieux des heures,
Remplit et mesure nos jours.

L’airain religieux s’éveille avec l’aurore. ;
Il mêle notre hommage à la voix des zéphyrs,
Et les airs, ébranlés sous le marteau sonore,
Prennent l’accent de nos soupirs.

Dans le creux du rocher, sous une voûte obscure,
S’élève un simple autel : roi du ciel, est-ce toi ?
Oui, contraint par l’amour, le Dieu de la nature
Y descend, visible à la foi.

Que ma raison se taise, et que mon cœur adore !
La croix à mes regards révèle un nouveau jour ;
Aux pieds d’un Dieu mourant, puis-je douter encore ?
Non, l’amour m’explique l’amour !

Tous ces fronts prosternés, ce feu qui les embrase,
Ces parfums, ces soupirs s’exhalant du saint lieu,
Ces élans enflammés, ces larmes de l’extase,
Tout me répond que c’est un Dieu.

Favoris du Seigneur, souffrez qu’à votre exemple,
Ainsi qu’un mendiant aux portes d’un palais,
J’adore aussi de loin, sur le seuil de son temple,
Le Dieu qui vous donne la paix.

Ah ! laissez-moi mêler mon hymne à vos louanges !
Que mon encens souillé monte avec votre encens.
Jadis les fils de l’homme aux saints concerts des anges
Ne mêlaient-ils pas leurs accents !

Du nombre des vivants chaque aurore m’efface,
Je suis rempli de jours, de douleurs, de remords.
Sous le portique obscur venez marquer ma place,
Ici, près du séjour des morts !

Souffrez qu’un étranger veille auprès de leur cendre,
Brûlant sur un cercueil comme ces saints flambeaux;
La mort m’a tout ravi, la mort doit tout me rendre;
J’attends le réveil des tombeaux !

Ah ! puissé-je près d’eux, au gré de mon envie,
A l’ombre de l’autel, et non loin de ce port,
Seul, achever ainsi les restes de ma vie
Entre l’espérance et la mort ! Voir https://art-chretien-vexin.fr/2025/11/23/alphonse-de-lamartine-a-la-roche-guyon/

Abel Lauvray (1870-1950) est un fils spirituel de Monet. Quand il s’installe à Vétheuil, « Claude Monet a pour voisin immédiat un des notaires les plus réputés et les plus riches de Normandie, qui, avant de céder son étude des Andelys, faisait de fréquents séjours dans le vaste domaine qui fut le berceau de sa famille depuis la fin du dix-huitième siècle. La situation matérielle de Monet est alors pire que jamais. Néanmoins il aura le courage de peindre durant ce sinistre hiver de 1878-1879, hiver de la débâcle, des Débâcles, toiles merveilleuses où la Seine charrie des glaçons comme des fleurs.  La famille Lauvray lui est compatissante et, bien que peu liant de nature et jaloux de sa solitude, il trouve un réconfort, à la fois moral et matériel, chez ses voisins touchés par son infortune, par la maîtrise qu’il garde sur lui-même, par son stoïcisme, sa clairvoyance, sa ténacité. Le petit Abel, né en 1870, a dix ans à peine, et son jeune frère trois, au moment où il fait la découverte de ce personnage singulier. Il est littéralement fasciné par ce Normand silencieux qui ressemble un peu à un marin, avec ses yeux d’un bleu perçant habitués à scruter le large, et, porteur du chapeau à grands bords des planteurs ou d’une casquette à visière, comme Chardin. Il vit les trois quarts du temps sur l’embarcation insolite qu’il s’est fait construire pour travailler où bon lui semble, du crépuscule du matin au crépuscule du soir, à l’abri des curieux, modifiant à son gré la distance qui le sépare de la terre ferme, et l’angle sous lequel saisir un paysage plus fuyant d’être tout mêlé à la mobilité de l’eau. A plusieurs reprises, Monet s’est peint, vers 1876, sur son « bateau-atelier », où Manet, à son tour, l’évoque assis, et de profil, contemplant une étude en cours d’exécution, tandis qu’une jeune femme apparaît esquissée de face dans la minuscule cabine centrale à plafond ouvrant.(…) On devine le prestige qu’allait exercer sur l’imagination du petit Lauvray ce bateau, si différent des autres, et quelle dut être sa joie quand Monet lui permet de l’accompagner dans plusieurs de ses rendez-vous avec la lumière, la lumière cette inconstante qu’il aime pour sa versatilité, et pour les modifications qu’elle apporte à toutes choses, au point de les rendre méconnaissables et de nous faire oublier jusqu’à leurs noms. Toute sa vie Lauvray se souviendra de l’amitié que lui témoigna son grand homme, et des exemples qu’il lui a donnés.( ….) De loin, Monet continue à le conseiller. De près aussi, car, sur son atelier flottant, il retourne maintes fois à Vétheuil, notamment en 1901, où, dans cette facture plus libre et plus fiévreuse qui donne au paysage un air d’apparition, il évoque la petite ville surgissant d’une brume argentée ou rosée. C’est de cette époque que datent plusieurs Vues de Vétheuil de Lauvray auxquelles Monet aurait apporté quelques retouches. Depuis longtemps déjà Lauvray rêvait de posséder lui aussi, un bateau de travail. Monet accepte de lui céder le sien. (…) Lauvray, moins inventif que Monet, restera pourtant immuablement fidèle à ses exemples ; Même lorsque ce dernier aura disparu (Monet est mort en 1926, Lauvray en 1950), il l’entend lui conseiller, comme à ses débuts : « reste fidèle à l’impression première, ne te noie pas dans les détails, ne ternis pas ta couleur, évite les mélanges destructeurs. Que chaque touche parte vraiment de toi, exprime sans hésitation ton élan. Dis-toi surtout qu’il reste des secrets à découvrir dans la Nature comme en toi-même. Méfie-toi de l’habileté qui est une forme de paresse. Quelque soit son savoir, un peintre doit toujours se dire qu’il a encore tout à apprendre. » Reproduction : le jardin d’Abel Lauvray à Vétheuil.

(Claude Roger-Marx,  http://latelierdutemps.com/artenseine/index.php?option=com_content&view=article&id=53&Itemid=171)

 

Albert Lebourg (1849-1928) est un peintre impressionniste de l’école de Rouenqui a représenté à Vétheuil « La maison de la Tourelle », qui devint plus tard celle de Joan Mitchell.

(Ci-contre, bords de Seine à Chatou, par Albert lebourg.

Le Provost, peintre de Villers, paysages et fleurs ????.

Maximilien Luce (1858-1941), anarchiste, révolté par l’injustice, imprimeur et peintre formé dans l’impressionnisme, était  issu du monde ouvrier (Montparnasse);  il s’installa à Rolleboise en 1917. Il  était ami de Paul Signac et de Pissarro. Il a peint des vues de Vétheuil depuis Lavacourt. Ci-dessus, un de ses tableaux d’inspiration chrétienne : Le bon Samaritain, 1896.

Paul Marguerite (1860 – 1918) et Victor Marguerite (1866 – 1942),  romanciers et auteurs dramatiques, vivaient dans une fort belle demeure, sur l’emplacement de l’ancien château de Vétheuil, dans le quartier de la Butte, au bord de l’eau. Victor a été un ardent défenseur de l’émancipation des femmes ; son livre La garçonne  paru en 1922 est l’histoire d’une jeune femme qui apprenant l’infidélité de son fiancé décide de mener une « vie libre ». Le livre fit scandale à l’époque. Ils attiraient chez eux les créateurs parisiens.

Adolphe Maugendre-François (1809-1895), peintre classique, a laissé le grand tableau à la salle des mariages à Vétheuil.

Robert et Elizabeth Maupoil sont honorés maintenant par le Conseil International de la Langue Française (CILF, http://www.cilf.org), qui a créé un prix annuel en leur nom. Elizabeth était russe et communiste. Elle  s’en alla servir la République espagnole avec le Secours Rouge, et y rencontra l’ethnologue Bernard Maupoil. Capturé dans un réseau de résistance, celui-ci ne revint jamais : on dit que son groupe essaya de le faire sortir du wagon qui l’emmenait en déportation, mais n’y parvint pas. Madame Maupoil était une artiste, monteuse de films. Elle acquiert d’abord les deux restaurants « La Bûcherie », l’un à Paris, l’autre à Saint-Cyr, où viennent ses amis, la bande des poètes surréalistes et/ou communistes, fascinés par Elsa Triolet, russe aussi, épouse de Louis Aragon. Puis elle achète le château de Saint-Cyr, le restaure, et peuple le parc de chevaux en liberté. Elle voulait  créer une fondation pour les artistes et savants étrangers. Son secrétaire pour cela, qui a fait de la Résistance avec Bernard, Yriex de Prévost, est du Périgord, comme Bernard.

Joan Mitchell, (1926-1992) a été l’une des grandes artistes américaines de la seconde génération de l’expressionnisme abstrait. De famille juive, née en 1926 à Chicago, Mitchell a immigré en France à la fin des années 1950, où elle allait devenir la compagne du peintre Jean-Paul Riopelle. « Elle avait horreur des présentations jusqu’au jour où elle a accepté une invitation à dîner à Vétheuil, et fait connaissance du peintre japonais Hasegawa. Il y avait chez elle une exigence de vérité, chez elle, un culte », en dit Lucie Foubert. Elle était très encourageante avec les jeunes; elle résida à Vétheuil dès 1967, guidée par l’amour pour la peinture de Claude Monet . C »était, dit-on, la fille du dermatologue d’Al Capone. Sa maison a été représentée par Albert Lebourg, dans le tableau « La Tourelle de Vétheuil ». . La situation de sa demeure, dominant la Seine, lui donnait une vue merveilleuse sur toute la boucle de Seine où elle puisa une partie de son inspiration.

Le tableau ci-dessus, intitulé Sans titre, est référence=é comme suit : Untitled (1960) sold at auction for $11.9 million in 2014, a then record for a work by a female artist. (vendu aux enchères en 2014 pour $11,9 millions, record à l’époque pour une artiste femme).

Claude Monet (1840-1925) est le peintre qui a fixé pour les générations suivantes les images enivrantes de notre région; il attirait énormément de créateurs autour de lui, et son rayonnement ne cesse de s’étendre. On connaît moins la dimension spirituelle de sa recherche. Voici le rôle qu’a joué Vétheuil pour lui, selon Eliane Bricard:

« Avant de s’acheter une propriété à Giverny, Claude Monet fut locataire à Vétheuil, et  c’est ainsi qu’il devint le deuxième admirateur célèbre de l’église de Vétheuil, après Viollet-le-Duc, bâtisseur de châteaux, qui avait remarqué la puissance de l’abside.  C’est en 1878 que le peintre s’installe à Vétheuil, pour plusieurs raisons. Argenteil, où il résidait auparavant, s’industrialise peu à peu, et l’air n’y est pas bon pour son fils Jean. Certes, Monet a célébré la modernité dans ses dernières toiles, mais celles-ci se vendent mal. En peinture, la vie moderne et industrielle n’intéressent pas, dit-il, et c’est une raison qui vient aggraver la réticence des Français à l’égard d’une peinture qui paraît déjà transgressive par sa manière. Daubigny, Corot, Millet, la première génération des impressionnistes, qui offrent au public les charmes de la campagnes, réussissent fort bien en galerie. C’est une incitation pour Monet, qui va pouvoir vivre de ses paysages, sans avoir à renoncer à l’expérimentation, à la rupture qui le passionne, contre les canons de l’académisme. Par ailleurs, chez les peintres et les artistes en général, professionnels, peintres du dimanche, bohêmes, journalistes, musiciens et écrivains, Vétheuil bénéficie d’un excellent bouche-à-oreille. D’abord logé à l’auberge du Cheval Blanc, Monet explore longtemps le village pour évaluer sa richesse en motifs, puis, satisfait, choisit de s’y installer, à 38 ans, dans une maisonnette signalée par une plaque, au bord de la route, en borde de Seine.  On dirait aujourd’hui qu’il fait de Vétheuil une « résidence de création ». Désormais, c’est tout le pays d’Arthies qui a cette vocation, Chérence, sur le plateau, constituant l’autre pôle, complémentaire.

Dès la pointe de l’aube, comme on dit, Monet part travailler, lourdement chargé de son attirail de peintre. Après avoir peint l’entrée du village (vu depuis la route de la Roche-Guyon), dont il tire plusieurs toiles, Monet décide de peindre l’église. On sent qu’elle le fascine: il se dit agnostique, mais il l’aime comme on  aime un vieil arbre ou une colline, comme un témoin de la vie ancestrale. C’est aussi le premier signe visible de loin de la présence humaine, l’église, au milieu des champs. En tant que peintre, il admire la situation de l’église, sa pierre blonde en harmonie avec le bleu ardoise du clocher et avec le violine des fenêtres géminées sur la façade ouest. Il accentue son côté foisonnant, comme naturel, familier et accueillant: le temps de peindre l’église, Monet n’est plus agnostique! Il la représente 60 fois… En dehors de l’église de Vétheuil et de la cathédrale de Rouen, Monet ne s’intéresse à aucun autre édifice religieux. On a peine à imaginer le rejet de ses contemporains, qui ne trouvaient pas les tableaux de Monet assez travaillés. On impute à sa myopie son amour du flou; désormais, cette bienfaisante myopie nous aide à voir, ses tableaux réverbèrent l’éblouissement que provoque le monument, lui-même prolongement de l’émerveillement des architectes devant la beauté d’un emplacement unique.

Camille Doncieux, première épouse du peintre Claude Monet, repose au cimetière de Vétheuil, sans pierre tombale, derrière une grille. Elle avait d’abord été le modèle de Monet, puis elle fut sa compagne des mauvais jours, et ils eurent deux enfants. Monet l’épousa, mais elle eut un cancer de l’utérus, et ils étaient pauvres, n’avaient pas de quoi se faire soigner. Elle était toute dévouée à la peinture, et fut victime d’un faisceau de malheurs. Monet en fit plusieurs portraits, tel la « Femme à la robe verte », le premier tableau qui le rendit célèbre, mais elle mourut avant de voir l’aboutissement de sa dévotion pour la peinture de sa mari, très décriée parce qu’elle renonçait à rivaliser avec la photographie, le prodige technique qui semblait combler toutes les attentes de ressemblance, et couronner l’histoire de la peinture. » Voir aussi : https://art-chretien-vexin.fr/2025/10/09/claude-monet-et-leglise-de-vetheuil-par-eliane-bricart/

 

Yves Navarre (1940 – 1994) séjourna dans sa jeunesse à Vétheuil, ses parents y possédant une résidence secondaire. Il situa l’action d’un de ses romans dans le village : Le coeur qui cogne. Il l’évoque également dans  » Biographie « .

 

P

Léon Plancouard, né à Cléry en Vexin en 1871,  épousa une demoiselle Hébert d’Arthies et vint habiter au 12 rue Gaillard. Correspondant de l’Education Nationale, il écrivit des articles pour les  journaux, puis des plaquettes sur la forêt d’Arthies, le château , l’ancienne maladrerie Saint-Thomas qui se situait entre Arhies et Maudétour. Il mourut en 1953. Historien mais aussi archéologue, il amassa beaucoup de pièces qui sont maintenant au musée de Guiry. Henri Allorge lui rend hommage en citant ces lignes:

« Le monde où l’on vit tant de jeunes agonies

semble toujours en proie à de mauvais génies…

courage, réparons l’univers dévasté

et paix à tous les cœurs de bonne volonté! »

R

Ernest Renan (1823-1892), historien et philosophe, appréciait le calme et le climat de Villers. Aussi  venait-il volontiers se retirer chez les Aulard, à Chaudry. Il y a composé une partie de ses travaux.  Il établit un rapport étroit entre les religions et leurs racines ethnico-géographiques. Une part essentielle de son œuvre est d’ailleurs consacrée aux religions avec par exemple son Histoire des origines du christianisme (7 volumes de 1863 à 1881) et sa Vie de Jésus (1863). Ce livre qui marque les milieux intellectuels de son vivant contient la thèse, alors controversée, selon laquelle la biographie de Jésus doit être comprise comme celle de n’importe quel autre homme, et la Bible comme devant être soumise à un examen critique comme n’importe quel autre document historique. Ceci déclenche des débats passionnés, mais nous a légué la sensibilité ethnologique à travers laquelle bien des gens redécouvrent le christianisme de nos jours. Ernest Renan est considéré aujourd’hui comme un intellectuel de référence avec des textes célèbres comme Prière sur l’Acropole (1865) ou Qu’est-ce qu’une nation ? (1882) où il insiste sur l’importance des racines spirituelles: « Ce qui constitue une nation, ce n’est pas de parler la même langue, ou d’appartenir à un groupe ethnographique commun, c’est d’avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l’avenir… » Ernest Renan Qu’est-ce qu’une Nation (http://fr.wikipedia.org/wiki/Ernest_Renan).

Jean-Paul Riopelle (1923-2002), qui vécut trente ans avec Joan Mitchell, était selon son amie Lucie Foubert « la gentillesse même, allait beaucoup au « Chiquito » de Vétheuil (celui-là même où Nathalie Sarraute s’installait pour écrire), rendait constamment service. Riopelle avait quitté le Canada en rupture avec sa famille, qui était fort riche, pour bourlinguer. Il sortait les billets de sa poche et en donnait à la ronde. Très simple, il ne croyait pas à la valeur de ce qu’il faisait, attribuait sa cote aux fantaisies du marchés. A chaque tableau vendu, il s’achetait une voiture…, il en a eu 20. Il ne disait du mal que de Salvador Dali…  Il représentait l’élévation de son âme comme un petit fantôme, sur un mot d’adieu qu’il a adressé, par porteur, à 50 personnes, en quittant Vétheuil » . Il a représenté l’église de Vétheuil, et la commune a donné son nom à l’école. Ci-dessus, Sans titre, 1948.

François Rivoire (1842-1919) était ami des peintres Julien Gustave Gagliardini et de Monet; peintre qui s’était spécialisé dans les décors floraux, il se retira au Grand Saint-Léger, près de Villers, et il a représenté le château de Villers.

 

 

S

Nathalie Sarraute (1900-1999), est enterrée au cimetière de Chérence, où elle a longtemps résidé . Née Natalia Tcherniak,  issue d’une famille d’intellectuels juifs émigrés de Russie, elle s’installa à Paris avec sa mère en 1902. Devenue avocate, Elle écrit en 1932 les premiers textes de ce qui deviendra Tropismes. Obligée de se cacher durant la guerre en raison des lois antisémites, elle fut consacrée en 1964 par le Prix International de littérature pour Les fruits d’or. Si elle écrivit pour le théâtre, son nom reste étroitement lié au courant du ’Nouveau Roman’ qu’elle initia. C’est aussi l’un des auteurs français les plus appréciés à l’étranger. Stanley Karnov, (Brooklyn, 1924) écrit dans son livre traduit en français Paris années 50, éd. Exils, qu’il avait fait connaissance de Claude Sarraute (fille de Nathalie) à cette époque, et découvrit Chérence sur ses traces. Il mentionne l’hostilité des villageois aux étrangers, et le refus d’enterrer Eugène Jolas, américain, au cimetière de Chérence. C’est Raymond Sarraute, avocat parisien, qui fait accepter Nathalie Sarraute aux Chérençais. Ils ont attiré à leur tour de nombreux étrangers à Chérence.

V

Louis Vigée (1758-1820) était né à Paris, mais il a passé souvent ses vacances à Vétheuil chez ses amis. Vigée aimait se promener dans les environs et c’est ainsi qu’il lui est arrivé d’écrire sur Villers et même d’en donner un petit exposé historique comme il en a donné de La Roche-Guyon, d’Haute Isle ou de Saint-Cyr en Arthies.

Il cite le « chemin des Rochers » qui mène de Vétheuil à Villers. Ses vers sur Villers seront souvent reproduits :

« D’un roc autrefois bravant l’ardent passage,

                Nous visitons, parmi les bois inspirateurs,

                Villers de vingt coteaux dominant les hauteurs… » (4)

 

C’était le frère d’Elizabeth Vigée-Lebrun, célèbre peintre du XVIIIe siècle. « Il ne fit jamais rien que des vers », disaient les mauvaises langues. Son poème le plus connu est « Epître à J.F. Ducis » et il semble que sa sœur le faisait vivre comme elle faisait vivre son mari. Il savait porter sur lui-même un regard ironique, écrivant par exemple son épitaphe:

« Ci-gît qui fit des vers, les fit mal, et ne put

Quoiqu‘il fût sans esprit, être de l’Institut »

et aussi ce qui pourrait bien être une devise inspirée par les gens paisibles de l’Arthies:

« Je suis riche des biens dont je sais me passer. »

 

Gabriel Voisin (1880 – 1973)  s’illustra très tôt avec son frère Charles dans le domaine de l’aviation ; après la 1ère guerre mondiale, il se lança dans la construction d’automobile. Dans ses mémoires, on peut lire :  » En 1911, j’avais en Seine et Oise, à Vétheuil, une aimable maison sur la rive droite de la Seine… « . Ils s’entouraient d’une bande d’artistes parisiens aux mœurs dissolues, autour du moulin, au bord de la Seine.

 

Antoniucci Volti (1915-1989), le sculpteur sur pierre, très sportif, venait à Vétheuil le dimanche, et faisait des singeries dans la roue du moulin.

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